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Voyage en Dardanie ulpienne, aujourd’hui Kosovo (I-II)




Voyage en Dardanie ulpienne, aujourd’hui Kosovo (I)

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Pris par d’autres obligations, je n’ai rien fait pour préparer mon voyage à Pristina où je devais assister à une conférence sur le journalisme d’investigation et participer à un séminaire du Courrier des Balkans. J’appréhendais quelque peu l’idée de me rendre au Kosovo, pays que j’avais soigneusement évité lors de mes nombreux voyages dans la région...


Au cœur d’une actualité controversée que je scrutais à la loupe et qui aura marqué les débuts et l’épilogue de la crise yougoslave, le Kosovo était aussi le théâtre d’incessants conflits et tensions auxquels mieux valait s’abstenir de s’en mêler. Le cul du monde, en quelque sorte, que j’avais d’autant moins envie de voir de plus près que ce monde était aussi le mien.

Mercredi, après-midi

Pourtant, tout allait se passer pour le meilleur lors de mon séjour. Aéroport flambant neuf, une très belle lumière qui adoucissait l’agressivité d’un paysage urbain chaotique surchargé de réclames en tout genre, puis arrivée à l’hôtel en dehors de la ville, situé au bord d’un immense champ, dernier bâtiment de maisons paysannes et de villas assez clairsemées. L’eau de la piscine, l’architecture minimaliste de l’hôtel et surtout ce champ que je n’allais plus me lasser de contempler m’ont fait d’emblée une forte impression. Petit à petit, j’allais apprendre des choses qui renforceront cette impression et accroître le plaisir qu’elle me procurait. L’hôtel a été fondé par un Suisse amoureux des lieux qui a fait appel à un architecte albanais installé dans son pays. La plupart des membres du personnel étaient des Roms, ce dont j’ai mis un bon moment pour m’en convaincre. Très naturels, aimables, ils n’avaient pas moins un air réservé et un peu mystérieux par rapport aux Albanais et aux Serbes que j’ai pu croiser lors de mon séjour. Questionné sur la langue qu’ils parlaient, l’un d’entre eux, au courant que j’étais né à Bucarest, m’a fait remarquer sur un ton goguenard que le romani ce n’est pas du roumain. C’était assez drôle puisque d’habitude ce sont les Roumains qui font tout pour dire qu’ils ne sont pas Roms. Puis, surtout, j’ai appris que l’immense champ en question, en friche, à l’exception de quelques rares parcelles cultivées, correspondait à la cité construite par Trajan (Marcus Ulpius), au lendemain de la conquête de la Dacie, au cœur de la Dardanie, cité qui avait fait l’objet de fouilles archéologiques il y a quelque temps. Bref, parti pour un Kosovo réputé sous-développé, traversé de haines multiples et assisté par une Europe impuissante, je me retrouvais moyennant le confort de l’hôtel, la gentillesse des gens qui m’entouraient et la vue de cette immense plaine riche en histoire en pleine Dardanie ulpienne. Plutôt que de me prendre la tête avec des problèmes que je devinais insolubles je sautais sur l’occasion inattendue de m’adonner à quelques rêveries sur l’Antiquité romaine inspirées par la nature ambiante.

Jeudi, à Pristina

La participation à la conférence sur le journalisme d’investigation qui a eu lieu le lendemain n’a pas vraiment perturbé l’état de grâce dans lequel je me trouvais depuis l’arrivée dans le pays. Cela se passait à l’Université, dans des locaux sans doute plus accueillants que les immeubles en construction collés les uns contre les autres de la capitale ou les magasins et hôtels tape à l’œil du centre-ville.
Le moment fort fut l’intervention du journaliste monténégrin Jovo Martinović qui venait de passer quatorze mois en prison accusé de trafic de cannabis parce qu’il enquêtait sur le trafic de cannabis. « Ce sont toujours les mêmes hommes, le même régime communiste qui se perpétuent depuis des années, et la mentalité qui va avec et qui voit partout des espions », expliquait-il en substance. Bien que marqué moi-même par les méfaits du communisme, j’ai trouvé cette explication un peu exagérée. Puis j’ai réfléchi et je me suis dit que le communisme, sous ses différentes formes, titiste y compris, a su très bien cultiver ce réflexe ancestral de voir dans celui qui formule une quelconque critique ou apporte une information déplaisante sur sa communauté un élément extérieur qu’il est impératif de rejeter. Le cas monténégrin semble édifiant mais, pendant la guerre froide, il y a eu des phénomènes similaires aux États-Unis.
Cela étant dit, est-ce aux journalistes de procéder à de telles investigations ? Sans doute si personne d’autre ne s’en charge. Mais encore, je ne saurais répondre clairement à ce genre de question comme à toutes celles concernant les « affaires » qui abondent dans la région et qui passionnent parfois même un certain public du Courrier des Balkans.
La collation offerte par l’ambassadeur de Suisse au Kosovo a eu lieu dans un restaurant situé non loin de l’Université. Elle a confirmé l’excellence des mets kosovars - et je parle en connaissance de cause - déjà goûtés à l’hôtel. Ce fut la seule journée passée à Pristina, ville pas très plaisante en apparence pour y vivre, mais bien vivante. En tout cas, l’atmosphère lugubre décrite par Kadare dans Le cortège de noce s’est figé dans la glace, livre que j’ai dû lire à sa sortie, donc il y a un bon moment, semble appartenir définitivement au passé. Pour les Albanais tout au moins.
 Nicolae TRIFON
Voir aussi la seconde partie du journal : https://www.courrierdesbalkans.fr/Voyage-en-Dardanie-ulpienne-aujourd-hui-Kosovo-II



Voyage en Dardanie ulpienne, aujourd’hui Kosovo (II)

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A Gračanica, au Kosovo, il suffit de traverser la rue qui sépare l’imposant ensemble monastique des petits commerces grouillant de monde du centre-ville de l’enclave serbe pour se faire une idée des changements survenus au cours des siècles dans ces contrées.


Vendredi

Le séminaire de travail à proprement parler a eu lieu vendredi. Ce fut surtout l’occasion pour moi de réaliser à quel point je suis impressionné par les jeunes Français/es et autres Occidentaux/les qui s’installent pour un temps pour vivre dans les pays balkaniques ou continuent d’entretenir de relations étroites avec ces pays après les avoir quittés. Il y a sans doute une certaine chaleur, une espèce de tendresse, une complicité qui s’installe dans les contacts qu’ils peuvent avoir au quotidien, sur fond certes d’innombrables difficultés, de pauvreté et même de misère, avec des gens parfois très différents, qu’ils découvrent et qui les découvrent, avec des jeunes et des moins jeunes au même cursus qu’eux, mais qui ont suivi ou qui vont suivre d’autres trajets...
Bien qu’ayant passé plus de temps en France qu’en Roumanie, chaque fois que je retourne au pays je me sens un peu comme si je ne l’avais jamais quitté, autrement dit je retrouve assez vite les raisons qui m’avaient conduit à le quitter. C’est peut-être pour cela que je suis si admiratif devant mes nouveaux compatriotes qui se passionnent pour des lieux que me sont toujours chers mais que j’ai fuit en quelque sorte. Une seule fois j’avais envisagé de m’y réinstaller, fin décembre 1989. Quelques heures seulement, le temps de faire le tour des points chauds du centre-ville bucarestois, ont suffi pour m’en dissuader. La raison est que, hier comme aujourd’hui, je ne vois pas de projet collectif qui tienne la route, qui me motive suffisamment pour le faire. Aussi ai-je trouvé la solution peut-être la plus commode en renouant avec le petit monde aroumain auquel je suis lié de par mon histoire personnelle, avec les problèmes de ce monde dont le centre de gravité se trouve assez loin de la Roumanie, au cœur des Balkans. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis attaché au Courrier des Balkans et que je me trouve en ce moment au Kosovo, plus précisément dans l’enclave serbe de Gračanica, où est sis notre hôtel, situé à la lisière de ce beau champ en friche correspondant au site antique.

Samedi matin

Levé de bonne heure, je quitte l’hôtel sous un épais brouillard pour prospecter les alentours. Au centre-ville, si on peut appeler ainsi ces immeubles plutôt délabrés habités souvent par des Roms, se font face quelques commerces assez animés à cette heure matinale et les murets qui entourent le monastère de Gračanica.
C’est l’heure de la messe. Une petite vingtaine de personnes, dont la moitié sont des bonnes sœurs, y assiste, alors que l’enclave compte une dizaine de milliers d’habitants. Le prix des cierges est annoncé en dinars et ce sont des billets de la monnaie en vigueur en Serbie que j’aperçois dans l’assiette destinée à recueillir l’obole des fidèles alors que les prix des légumes sont affichés en euro dans les échoppes de l’enclave. Au son si familier de la messe, que j’apprécie encore plus quand je ne comprends pas les paroles, je prends mon temps pour regarder les fresques. Un vrai régal, puisque en matière de peinture médiévale orthodoxe j’ai toujours voué un culte à celle dite serbo-byzantine, de Kosovo-Métochie, moins dépendante des canons que celle de Byzance et plus complexe que celle des monastères du nord de la Moldavie bâtis quelques siècles plus tard.
Décidément, il suffit de traverser la rue qui sépare l’ensemble monastique des petits commerces grouillant de monde du centre-ville de l’enclave pour se faire une idée des changements survenus au cours des siècles dans ces contrées.

Après la messe, le pays en long, en large et en travers

9 h 30, retour à l’hôtel, petit déjeuner copieux suivi d’une véritable tournée à travers le pays dans un car affrété à ce dessin : visite du site archéologique d’où on aperçoit notre hôtel, ascension au sommet de la tour surplombant le champ de la fameuse bataille, coup d’œil, de loin, sans s’arrêter, sur la Maison de culture dans laquelle Milosevic a lancé sa croisade nationale-communiste, visite guidée du tombeau de Murad, balade dans les ruelles de Prizren. Dans cette ville, nous entrons au cœur de l’histoire moderne de l’Albanie, et, si nous n’avons pas eu le temps de visiter le musée de la ville situé dans une belle bâtisse ottomane où s’était réunie la Ligue au début du siècle passé, nous avons pu voir plusieurs monuments érigés un siècle plus tard dans le plus pur style réaliste socialiste à la gloire des combattants de l’UCK…
L’itinéraire fut conçu et accompagné d’explications aussi savantes qu’instructives par J.-A., historien avant d’être journaliste et surtout grand amoureux de ce pays à tel point qu’il arrive à en transmettre une image réconciliée, apaisée, moyennant parfois quelques subtilités théologiques. Invité par un ange à choisir entre un royaume céleste et un royaume terrestre, Lazar [Hrebeljanović] aurait choisi le royaume céleste, nous dit l’histoire rapportée par J.-A. dans le car. Dans ce cas, poursuivit-il, ne pourrait-on pas rétorquer à ceux qui déplorent la perte du Kosovo considéré comme la terre sainte des Serbes que le futur saint martyr de ces derniers, le prince Lazar, avait justement choisi un royaume céleste, qui ne saurait se confondre avec un royaume terrestre…
La dernière étape de la tournée de samedi, la visite à Velika Hoča de la cave d’un vigneron suivie d’une séance de dégustation de toute sortes de raki et d’un repas copieux, aura renforcé ce sentiment d’apaisement auquel on n’a pas souvent droit dans la région. Sixième génération de vignerons, notre hôte nous montre fièrement, accroché au mur dans un encadré, un firman rédigé en turc avec des caractères arabes confirmant le droit accordé à sa famille de produire du vin sur ses terres. Il est serbe, sa famille aussi, et, avec les autres vignerons albanais du coin, ils s’entre-aident volontiers, nous explique-t-on. Ce furent les seuls Serbes avec lesquels nous avons eu l’occasion de nous entretenir au cours de ce voyage, mais alors quelle hospitalité…

Dimanche matin

Réveillé très tôt, comme d’habitude, j’entame une dernière escapade sur une petite route menant à travers le champ au site archéologique visité la veille. Au fur et à mesure que j’avance, les détritus s’accumulent sur les deux bords du chemin en sorte qu’à un moment donné, le brouillard aidant, je ne sais plus très bien par où continuer. Rebroussant le chemin, mon regard se pose sur les indications des panneaux bilingues plantés aux différents carrefours. Comme un peu partout au Kosovo, une des deux versions, ici l’albanaise, est grossièrement effacée. Puis mon regard est attiré par un panneau qui a échappé au vandalisme. En m’approchant, je comprend il est rédigé en anglais. C’est peut être mieux ainsi, après le latin au temps des Romains, le grec byzantin, le turc pour l’administration et le français pour la diplomatie, pourquoi pas l’anglais si cela peut apaiser les esprits ? Mais, pas plus que la plupart des habitants de ces terres ne parlaient pas autrefois le latin, le grec, le turc ou le français, leurs successeurs ne risquent pas d’apprendre tous l’anglais. Autrement dit, ils sont condamnés à s’entendre entre eux, de proche en proche, dans la langue des uns et des autres.
 Nicolae TRIFON
Voir aussi la première partie du journal : https://www.courrierdesbalkans.fr/Voyage-en-Dardanie-ulpienne-aujourd-hui-Kosovo-I

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