miercuri, 5 octombrie 2011

Taline Ter MINASSIAN. Le Komintern et les Balkans




Ter Minassian Taline. Le Komintern et les Balkans. In: Matériaux pour l'histoire de notre temps. 2003, N. 71. pp. 62-70.

doi : 10.3406/mat.2003.922
url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_2003_num_71_1_922
Consulté le 05 octobre 2011
Déterminante dans l'évolution de la Péninsule balkanique après la Seconde Guerre mondiale, l'histoire du communisme dans les Balkans a fait l'objet de nombreuses publications relevant aussi bien d'une approche interne comme idéologie 1 et pratique étatique que d'une approche externe, s'agissant en particulier des relations entre l'URSS et les démocraties populaires. Dans cette double perspective, l'étude de l'organisation et des tactiques prônées par le Komintern (1919-1943) à l'égard des Balkans relève d'une préhistoire complexe dont les grandes lignes peuvent être approfondies grâce à l'ouverture des archives soviétiques. Ainsi, les fonds conservés à Moscou au CRCEDHC 2, permettent de préciser l'image des structures et des réseaux mobilisés par le Komintern et d'apprécier toute l'importance accordée dans ce cadre à la question des minorités nationales dans les Balkans. Par ailleurs, le soutien temporairement apporté par le Komintern à des organisations révolutionnaires autonomistes agissant en Macédoine, en Dobroudja ou en Thrace - territoires attribués en 1919 aux États vainqueurs - dicte aux partis communistes une difficile et paradoxale alliance fondée sur une volonté d'instrumentalisation des minorités, d'ailleurs expérimentée aussi pendant la même période au Moyen-OrienP.
Le Komintern et les Balkans : structures et réseaux
Complexe et enchevêtrée, la structure organisationnelle du Komi ntern évol ue au fi 1 des différents congrès de l'Internationale. Dans ce cadre mouvant dédié à la révolution mondiale, plusieurs structures concernent entièrement ou partiellement la Péninsule balkanique. Mais qui sont les experts du Komintern pour les Balkans? Les réseaux mobilisés par la définition d'une stratégie balkanique sont-ils spécifiques, ou au contraire sont-ils ({ élargis» à d'autres zones géographiques?
TALINE TER MINASSIAN. Université Jean·Monnet (Saint-Étienne).
La Fédération communiste balkanique
Parmi les avant-postes secrets du Komintern en Europe - bureau du sud, bureau de Berlin, bureau d'Amsterdam -, il semble que l'installation d'un sousbureau dirigé vers le sud-est européen ait été l'œuvre de lakov Reich, révolutionnaire de la première heure, natif de Lemberg, chargé par Lénine d'organiser les premières structures du Komintern en Europe 4. L'existence d'un bureau exécutif du Komintern à Vienne, placé d'abord sous la responsabilité du communiste polonais Josef Rotstadt en 1919-1920, puis d'un Roumain, un certain Hadjieff, semble un fait avéré. Ce bureau viennois pour l'Europe du sud-est, centré sur le Danube et les Balkans, concerne en premier lieu la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, l'Allemagne, l'Autriche à cause de sa position stratégique et enfin la Hongrie, la Roumanie et la Grèce. Cette structure recueille, après l'écrasement du parti communiste bulgare en septembre 1923, la Fédération balkanique établie à Sofia depuis février 19205. Celle-ci avait été créée à l'issue de la Ille Conférence de la Fédération socialiste balkanique- réunie en janvier 1920, qui décida de sa transformation en Fédération communiste balkanique (BKF), placée sous la direction du Komintern. Chargée de coordonner l'action des partis communistes fondés à la suite des vingt et une conditions (juillet 1920), la Fédération communiste balkanique devait favoriser la révolution prolétarienne en Europe, prêter toute l'assistance possible à la RSFSR et ({ paralyser toutes les forces contre-révolutionnaires actives dans les Balkans ou passant à travers les Balkans? ». Par la suite, l'évolution du contexte européen obligea le Komintern à rapatrier au moins temporairement le présidium du BKF à Moscou 8. Ainsi, en 1926, cette structure semble fusionner dans des conditions plus ou moins claires avec le secrétariat balkanique du Komintern. Composé de membres du comité exécutif du BKF et de membres du secrétariat balkanique du Komintern, ({ le présidium du BKF envisage tous les problèmes politiques balkaniques et traite toutes les questions relatives à la coordination du travail des partis communistes à l'échelle balkanique, donne les directives politiques et traite les questions intérieures qui nécessitent une intervention autoritaire du BKF 9 ». Quant au secrétariat du BKF, il doit coordonner les relations des partis communistes balkaniques entre eux, ainsi que les relations avec le présidium du BKF et le présidium du Komintern. Il est également chargé de transmettre aux partis communistes balkaniques les instructions relatives à la politique intérieure - campagnes contre la terreur blanche par exemple - et à l'établissement légal des partis communistes dans les Balkans.
Le secrétariat balkanique du Komintern: organisation et personnel
Consécutive au huitième plénum du Komintern (18-30 mai 1927), la réorganisation des organes dirigeants de l'Internationale destinée à remédier à ({ l'atomisation de la direction» est bientôt suivie d'une nouvelle organisation des compétences géographiques. Ainsi, le 8 juillet 1927, six Lendersekretariaty sont établis et sont chargés respectivement de l'Europe centrale, des Balkans, de l'Europe ({ latine », de la zone ({ anglo-américaine », des pays ({ périphériques» de l'URSS et enfin de l'Orient. Comprenant dans son aire géographique de réflexion et d' expertise l'Albanie, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Yougoslavie, la Turquie et, à partir de 1930, Chypre, le secrétariat balkanique fut placé sous la direction du chef du parti communiste tchécoslovaque jusqu'en 1926, Bohumir Smeral (1880-1941), politicien madré dont le champ des compétences, loin de se limiter à l'Europe centrale et balkanique, est d'ailleurs élargi jusqu'à la Palestine 10, où il accomplit une mission en août 1929, au moment même où s'embrase la révolte arabe.
L'identité des membres 11 du secrétariat balkanique reflète quant à elle la diversité des origines et des compétences. En 1927, il compte ainsi des hommes d'appareil siégeant dans l'exécutif du Komintern tels que Ossip A. Piatnitskij (1882-1939), le communiste allemand Hermann Remmele (1886-1939), le Lituanien Vitsas S. Mitskiewicz-Kapsukas (1880-1935), Madji (?) et l'ancien directeur du département d'Orient du Komintern, Fedor F. Raskolnikov (1892-1939). Par ailleurs, on peut remarquer en 1928 les présences d'Angelo Tasca alias Serra (1892-1960) et de Belà Kun (1885-1937). Dominés par la figure de Vassil Kolarov (1877-1950), qui accède à la direction du secrétariat balkanique à partir de 1928, les membres originaires des Balkans, pour autant qu'on puisse les identifier, sont Ghitza Moscu (1890-1938), représentant du parti communiste roumain en 1927, le jeune communiste bulgare Ruben Avramov (1900-198?) et le Turc Shefik Mekhmet Hüsnioglu, alias Bekar Ferdi, auxquels il faut encore adjoindre le représentant du parti polonais,
Troisième partie: Les Balkans et le communisme • 63
Léon Purman (1892-1933). À cet effectif instable et bigarré, véritable tour de Babel de la révolution européenne, il faut encore ajouter une quinzaine de personnes habilitées à assister aux réunions du secrétariat balkanique 12 et dont les affiliations respectives permettent d'entrevoir les ramifications balkaniques du Komintern. Hébergés au célèbre hôtel Lux, le communiste roumain Alexandru Dobrogeanu-Gherea (1879- 1937), le militant bulgare Khristo Kabaktchiev (1878- 1940), Akif Seremet (1899-1938) et Kosta Novakovic (1886-1938), tous deux membres du parti communiste yougoslave, sont à l'époque des rescapés poursuivis dans leur pays et réfugiés à Moscou. D'autres représentent à des titres divers les organisations satellites du Komintern: Gavril Genov (1892-1934) l'Internationale paysanne (Krestintern), losip Cizinski et Giorgi Lambrev l'Internationale des jeunes (KIM), ({ Alfred» l'Orgotdel, Pervukhine (?), Bieliev (?) et Stella Blagoïeva (1897- 1954) - la fille de D. Blagoïev, chef des tesnjaki bulgares du département de l'agit-prop - le MOPR 13. Les archives révèlent ainsi les réseaux et la multitude des structures kominterniennes mobilisées par les pays balkaniques, qu'il s'agisse de l'OMS 14, du MOPR et même, en réponse peut-être à la montée des mouvement agrariens, de l'Institut agraire international (MAI).
1. Cf. Vladimir Claude Fi~era, Les peuples slaves et le communisme de Marx à Gorbatchev, Paris, Berg International, 1992.
2. LE CRCEDHC est l'ancien Institut du marxisme-léninisme, devenu aujourd'hui le Centre russe de conservation et d'étude des documents d'histoire contemporaine.
3. Cf. Taline Ter Minassian, Colporteurs du Komintern. L'Union soviétique et les minorités au Moyen-Orient, Paris, Presses de sciences-po, 1997.
4. Cf. Pierre Broué, Histoire de /'Internationale communiste, 1919-1943, Paris, Fayard, 1997, pp. 93-94.
5. Cf. G. M. Adibekov, E. N. Sakhnazarova et K. K. Sirinja, Organizacionnaja struktura Kominterna, 1919-1943, Moscou, Rosspen, 1997, p. 13.
6. Sur Ijaction de Rakovskij dans la fondation de la Fédération social-démocrate
révolutionnaire balkanique, cf. Vladimir Claude Fi~era, op. cit., p. 185 et 199.
Ibid, p. 14.
CRCEDHC, fonds 495, inventaire 69, dossier 1, fI. 5-7.
Ibid.
Cf. Pierre Broué, op. cit., p. 510 et p. 1085. Pour les biographies des kominterniens, l'ouvrage colossal de Pierre Broué, muni d'un double index - Des pseudonymes et des biographies - apporte une aide considérable.
Cf. G. M. Adibekov, E. N. Sakhnazarova et K. K. Sirinja, op. cn., p. 110.
CRCEDHC, fonds 495, inventaire 69, dossier 6, 1. 146.
Asspciation internationale de soutien aux révolutionnaires, le MOPR était une organisation satellite du Komintern, proche du Secours rouge international.
Il était particulièrement actif au début des années 1920, lorsque l'Union soviétique tentait de se remettre des conséquences de la guerre civile et
de la famine. Plus tard, il fut défini comme une" organisation publique internationale pour aider les victimes de la terreur blanche ».
Département des liaisons internationales du Komintern.
Cf. Branko Lazitch, « Les écoles de cadres du Komintern. Contribution à leur histoire r, in Jacques Freymond (dir.), Contributions à l'histoire du Komintern, Genève, Institut universitaire des hautes études internationales/Oroz, 1965, pp. 233-257.
Komrnunistiœski] Universitet Natsional'nykh Men'sistv Zapada im.Markhlevskogo.
Julian Marchlewski (1866-1925), « diplomate », représentant du parti communiste polonais à Moscou en 1920, puis président du gouvernement provisoire de Bialystok avant de partir en mission en Chine fut le recteur de la KUNMZ.

64 • MATÉRIAUX POUR L'HISTOIRE DE NOTRE TEMPS. n° 71 ! juillet-septembre 2003
Former des révolutionnaires professionnels : les secteurs balkaniques de la KUNMZ
Comme la KUTV et les autres écoles de cadres dépendantes du Komintern 15, la KUNMZ, l'Université communiste des minorités nationales de l'Ouest", fondée par un décret du comité central du 30 août 1921 a manifesté jusqu'à sa fermeture en 1937 l'ambition de former des révolutionnaires professionnels destinés aux territoires situés à l'ouest de la RSFSR et, d'autre part, de préparer des cadres pour la Russie d'Europe et les minorités nationales soviétiques. La dénomination de cette université doit retenir l'attention car par ({ minorités nationales de l'ouest », on entend les anciennes nationalités de l'Empire russe dont les territoires ont été perdus après la révolution et la signature de la paix séparée de Brest-Litovsk. Dans cette perspective, les premières sections ({ nationales» de l'université sont allemande, estonienne, lettone, juive et lituanienne 17, choix qui montre la vocation à la fois externe et interne 18 de l'institution. L'apparition, dès 1921-1922, d'une section moldave, roumaine et finnoise semble significative des visées russes sur la Bessarabie et du projet sous-jacent à la création de la République autonome de Moldavie en 1924. En 1925, la majorité des effectifs étudiants de la KUNMZ se répartit néanmoins encore entre les secteurs letton - Latsektor, 46 étudiants -, juif - Yevsektor, 62 étudiants - et polonais - Polsektor 38 étudiants.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 1, 1. 3.
Ibid., 1. 5. Le décret du Sovnarkom du 28 novembre 1921, signé par Lénine, précise qu'il s'agit d'une université pour la préparation des travailleurs politiques parmi les masses travailleuses des minorités nationales de l'ouest « habitant le territoire de la RSFSR ».
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 27,1. 52.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 264, fI. 7-8.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 101, fA, f.7, 1.8, 1. 23.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 27,1. 2.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 295, fI. 1-3,1. 25, ff. 133-137.
Cf. Pierre Broué, op. cit., p. 1108.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 63, fI. 1-6.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 199, fI. 42-44.
Cf. Costas Photiadis, « Les persécutions des Grecs d'URSS pendant la période stalinienne r,
in Georges Prévélakis (dir.), Les réseaux des diasporas, Nicosie, Kykem, 1996, pp. 159-172.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 306, fI. 12-14.
CRCEDHC, fonds 529, inventaire 1, dossier 101,1. 69.
Vladimir Claude Fi~era, op. en, p. 203.
Ibid., p. 220.
Ibid, p. 204.
Cf. Catherine Durandin, Histoire de la nation roumaine, Bruxelles, Complexe, 1994, p. 88.
Cf. sténogramme de la XVIII' Assemblée nationale ordinaire, première session régulière, 2' séance, 9 novembre 1919, p. 161. Voir aussi Rabotnicheski vestnik, n° 110, 17 novembre 1919.
En 1925-1926, des secteurs balkaniques font leur apparition à la KUNMZ19, mettant en évidence les aires d'action géographiques définies par le Komintern. Les secteurs yougoslave, bulgare et même grec à partir de 1928 rassemblent des effectifs balkaniques d'abord modestes, mais qui se renforcèrent par la suite. La position dominante du secteur bulgare s'explique par la présence de 53 émigrés politiques venus trouver refuge en URSS durant l'été 19252°, fuyant probablement la répression qui suivit l'attentat de la cathédrale de Sofia (16 avril 1925). En 1932, ce secteur compte 97 étudiants, mais il convient de noter l'importance relative des secteurs grec (49 étudiants), yougoslave (39 étudiants) et roumain (19 étudiants) 21. Sans notable différence par rapport aux autres écoles de cadres du Komintern, l'enseignement prodigué dans les langues nationales au sein de chaque secteur répond à des objectifs d'instruction générale et partisane. Ainsi, en 1925-1926, le secteur roumain prévoit d'enseigner l'histoire de l'occident, la géographie économique et physique, le léninisme, l'économie politique, l'histoire du parti communiste russe, ainsi que le droit, la langue roumaine, le russe, des rudiments des matières scientifiques et enfin la théorie militaire". Par ailleurs, le secteur bulgare propose au début des années 1930 des conférences sur le développement du capitalisme en Turquie pendant la première moitié du XIXe siècle, sur les courants d'idées du mouvement national révolutionnaire bulgare, sur l'histoire de la lutte des classes et de la lutte contre le social-fascisme en Bulgarie 23. Quant aux enseignants, pour autant qu'on puisse les identifier, ce sont en principe des révolutionnaires confirmés, recrutés eux aussi en fonction du principe national, qu'il soient roumains ou juifs de Roumanie. On retrouve ainsi Alter Zalik, ancien membre du bureau du sud du Komintern, qui, pendant l'occupation française, avait été envoyé à Odessa pour organiser le ({ travail de fraternisation» 24.
Destinée à former des révolutionnaires et des cadres pour les franges occidentales de l'URSS, mais aussi pour les nouveaux États limitrophes nés de la destruction des empires centraux, la KUNMZ répond à la fois à l'impératif d'indigénisation des cadres dans les républiques soviétiques et à l'ambition d'exporter la révolution. De cette manière, le secteur biélorusse forme des étudiants destinés à servir la RSS de Biélorussie, mais préparés aussi au travail politique en « Biélorussie occidentale », c'est-à-dire en Pologne. Un rapport adressé au comité central du PCUS en juillet 1929 passe ainsi en revue les seize secteurs nationaux de la KUNMZ, dont deux sont d'ailleurs localisés dans la filiale créée à Leningrad, et annonce des objectifs ambitieux 25. Le secteur bulgare, qui compte cette année là 132 étudiants - en majorité des activistes du parti communiste bulgare -, destine ainsi 4/5e de ses effectifs à la Bulgarie, les autres restant en URSS. Les 36 étudiants du secteur grec sont pour la plupart destinés à la Grèce, mais quelques uns devront rester sur le
territoire soviétique, tandis que les 51 étudiants du secteur moldave sont destinés, dans la même logique, à la République autonome de Moldavie et aux ({ régions moldaves de la Roumanie », c'est-à-dire la Bessarabie. En revanche, le sort des 89 étudiants du secteur yougoslave n'est pas précisé. S'agissant du secteur grec, il est intéressant de préciser que l'origine des étudiants n'est pas balkanique mais pontique. Majoritaires, ces Grecs pontiques sont originaires de Tiflis, Alaverdi, Marioupol, Yalta, Sébastopol, Batoum, Rostov-sur-IeDon ou Soukhoumi, et plus généralement d'Abkhazie>. Ils présentent de grandes disparités linguistiques (tatare, gréco-tatare, turc, arménien, pontique) qui justifièrent, au moins pendant la première moitié des années 1930, la création d'un ({ hellénisme soviétique» 27. Au début des années 1930, ces étudiants grecs de la KUNMZ sont envoyés faire du ({ travail pratique », c'est-à-dire de l'agit-prop, en Abkhazie, dans la région de Gagra, en Ukraine et dans le nord-Caucase, dans le gre6rajon et le soviet de Merdtenskij 28.
Le bilan des secteurs balkaniques de la KUNMZ reste difficile à évaluer. Si l'université a formé quelques uns des cadres dirigeants des partis communistes des pays balkaniques de l'après-Seconde Guerre mondiale, il n'en reste pas moins que les conditions budgétaires et sanitaires ont été très précaires. La plupart de ces étudiants immigrés ne parvenaient pas à s'acclimater à Moscou, ils tombaient malades et certains mouraient. De plus, à leur retour au pays, que ce soit en Bulgarie, en Roumanie, en Grèce ou en Yougoslavie, l'expérience de l'activisme révolutionnaire les conduisait fréquemment à l'arrestation et à la prison>.

Nihilisme national ou instrumentalisation des minorités ?
Inscrites dans le contexte des années 1920 et dans une zone géographique où les traités de paix ont tracé de nouvelles frontières et créé de nouveaux États, les analyses du Komintern concernant l'espace balkanique sont marquées par l'obsession persistante de la question nationale. Dans ce contexte, la définition géographique de l'Europe du sud-est a des conséquences idéologiques. Les Balkans appartiennent-ils à l'espace européen ou au domaine colonial ? Vladimir Fisera note ainsi que ({ cette instabilité dans la définition même de la catégorie dont relève l'Europe du sud et du sud-est est permanente dans l'Internationale30 ». À partir du Vie congrès du Komintern (tenu en 1928), la question balkanique est cependant considérée comme l'un des aspects de la question coloniale 31 ; cette nouvelle définition implique une évolution décisive des tactiques dictées aux partis communistes.
Troisième partie: Les Balkans et le communisme • 65
Une critique des frontières issues de la Conférence  de la paix
Révulsé par l'œuvre des traités de paix dans la Péninsule balkanique, le Komintern adopte une position conforme en tous points à la politique étrangère soviétique. Sauf pour l'Albanie et la Bulgarie, la légitimité des nouveaux États balkaniques est remise en question et l'Internationale souligne notamment la situation d'oppression faite aux nombreuses minorités nationales. En décembre 1922, un mémorandum de Cicerin et de Rakovskij exprime la solidarité de la Russie, de l'Ukraine et de la Géorgie avec les ({ pays et provinces entièrement opprimées» de Macédoine, du Monténégro, de Thrace, de Dobroudja, et avec les ({ régions et villes» d'Albanie, de Dalmatie et de Croatie ". Le Komintern condamnait ainsi la formation de la Grande Roumanie, à la fois bastion anticommuniste et création de la guerre impérialiste, tout comme celle de la Yougoslavie. Il faut toutefois remarquer que cette ligne originelle, dictée par exemple à ses débuts au parti communiste roumain, fut après la Seconde Guerre mondiale gommée en Roumanie par l'historiographie communiste 33. Dans cette perspective, on comprend que la ligne imposée par le Komintern aux partis communistes des Balkans ait été différemment perçue et appliquée selon que ceux-ci aient tenté d'agir dans les États vainqueurs ou au sein des États vaincus et révisionnistes.
Ainsi, en Bulgarie - pays spolié par le traité de Neuilly et traditionnellement russophile -, il a été plus facile aux communistes de défendre une ligne révisionniste, même si celle-ci ne fut pas sans provoquer des heurts et soulever quelques contradictions avec les partis communistes des pays voisins. Le discours de Dimiter Blagoev devant l'Assemblée nationale bulgare, le 9 novembre 1919, résume la position des ({ étroits» bulgares pour qui la paix de Paris est ({ un acte de violence qui démembre le peuple bulgare et soumet des fractions non négligeables de ce peuple à la servitude nationale [. .. J. Le parti communiste bulgare dénonce l'hypocrisie des impérialistes de l'Entente qui, après avoir précipité le monde entier dans la boucherie généralisée, mettent cyniquement en pratique aujourd'hui à Paris, la doctrine du brigandage international en dépeçant des peuples vivants par l'annexion de leurs terres, en tuant leur avenir et en les soumettant au joug épouvantable du capital intemsuone!» ». Ce discours, où vibrent des accents nationalistes au sujet de la Dobroudja, de la Macédoine et de la Thrace, reflète toute l'ambiguïté des ({ étroits» bulgares. Appliquant la tactique ultra-révolutionnaire prônée par Zinoviev jusqu'en 1923, ils adoptèrent en effet une attitude intransigeante et refusèrent toute alliance avec les partis ({ bourgeois» - c'est-à-dire avec Stamboulinsky -

66 • MATÉRIAUX POUR L'HISTOIRE DE NOTRE TEMPS. n° 71 ! juillet-septembre 2003
après le coup d'État militaire de Tsankov, le 9 juin 1923. Le coup de semonce lancé par Radek, déclarant le 23 juin que ({ la défaite en Bulgarie est la plus grande défaite jamais subie par un parti communiste », justifiera bientôt l'envoi sur place de Kolarov. L'insurrection, improvisée par Kolarov et Dimitrov et lancée les 22-23 septembre 1923, aboutira cependant à un fiasco et à une répression radicale menée par la police de Tsankov, qui procédera à l'arrestation de deux mille communistes dont celle de Dimiter Blagoev.

Une solution à la question nationale: la Fédération Balkanique
Dans un article publié en 1924 et consacré à la question nationale dans les Balkans", Kolarov livrait la ligne du Komintern sur cette question âprement discutée au cours de l'année précédente, d'abord durant la conférence balkanique réunie par l'exécutif du Komintern du 8 au 26 novembre 1923, puis ensuite lors de la conférence secrète des partis communistes balkaniques réunie à Prague en août 1924. Dans ce texte, Kolarov prévoyait différents types de solution aux litiges nationaux, et préconisait soit le retour à leur patrie des irrédentismes homogènes (Hongrois de Transylvanie, Bu Igares de Dobroudja, Albanais de Serbie), soit la constitution d'États séparés, qu'il s'agisse du Monténégro ou de la Macédoine, l'ensemble de ces territoires étant appelés à s'intégrer, dans un avenir indéterminé, dans une Fédération balkanique. Par ailleurs, les Croates, les Slovènes et les Bessarabiens étaient curieusement - au moins dans le cas des deux premiers - appelés à se fédérer directement avec l'URSS. Pour reprendre Vladimir Fisera, ({ le fil rouge du raisonnement de Kolarov dans toutes ces propositions, [c'étaitJ bien la constitution d'un front anti-yougoslave pour détruire l'ennemi principal dans les Balkans, à savoir l'État serbe, instrument de l'impérialisme français, fer de lance de la bourgeoisie internationste»». Quant à la Bessarabie, elle avait été l'objet d'un rappel à l'ordre adressé par Kolarov au parti communiste roumain lors de la seconde séance de la conférence balkanique le 8 novembre 1923 : ({ En ce qui concerne la Bessarabie, je sais très bien que des influences du dehors ont troublé les relations entre le centre d'action du parti roumain et l'organisation communiste de Bessarabie. Ces influences extérieures n'existent plus, elles ont disparu. Mais qu'a fait le parti roumain pour remplir le vide créé dans ce pays? En ce moment, le mouvement communiste en Bessarabie n'existe pour ainsi dire pas. C'est une faute de la centrale du parti. Je connais encore l'exemple de la Dobroudja, du Quadrilatère. Au Quadrilatère, du temps de l'administration bulgare, il existait des organisations dont le parti communiste roumain a hérité.
Ces organisations sont suffisamment actives, mais on ne sent pas le lien entre le parti, la DObroudja et ces organisations-là. Les camarades du Quadrilatère disent même qu'il leur est plus facile de se faire entendre du comité central du parti bulgare et d'en recevoir des instructions, de la littérature etc., que du comité central du parti communiste roumain. Ce n'est pas un défaut d'organisation, c'est un défaut politique 37. » Cette intervention montre bien que la question nationale, omniprésente, suscite d'inavouables conflits entre les partis communistes balkaniques.
Quant à la situation des communistes grecs, sommés de ({ travailler» la question des minorités nationales, elle parait des plus complexes. Membre de la commission grecque lors de la conférence balkanique, ({ Rodinos » tente une synthèse du problème car ({ l'Internationale nous a donné le mot d'ordre de favoriser chaque minorité, de se montrer nationalistes, de presser le gouvernement pour qu'il reconnaisse à toutes les minorités le droit de disposer d'elles-mêmes38 ». Constatant que la population de la nouvelle Grèce n'est pas grecque dans sa majorité et comporte des minorités nationales ({ turque, bulgare, roumaine, albanaise, arménienne et juive », il s'interroge sur la possibilité d'insérer l'action de son parti dans un tel contexte. ({ Par exemple, les Juifs ne font aucune action en tant que minorité nationale; en dehors d'une petite agitation platonique des sionistes à Salonique où il y des Juifs petits-bourgeois et riches qui veulent entraÎner les Israélites de Salonique à revenir en Palestine, ils ne mènent pas une action nationaliste juive pour conquérir plus de liberté en ütèce». » Finalement, la question nationale se concentre donc essentiellement sur les territoires de la Macédoine et de la Thrace, et sur le statut de la minorité turque, particulièrement aigu en 1923, au moment où le traité de Lausanne organise l'échange des populations entre la Grèce et la Turquie kémaliste. Celui-ci ({ n'est pas une solution pouvant réellement satisfaire les masses paysannes et ouvrières» et doit par conséquent être combattu par le parti communiste de Grèce, constate ({ Rodinos »40, qui n'en définit pas pour autant une ligne claire à l'égard des Turcs: ({ Ils sont forcés d'émigrer, on les chasse de Grèce parce que les kémalistes ont expulsé en masse les colonistes lsic] grecs qui se trouvaient en Asie mineure et au Caucase. Ces réfugiés grecs persécutent les Turcs se trouvant en Grèce, les chassent de leurs maisons et de leurs champs et les obligent à étniçmt». » Dès lors, il peut sembler paradoxal qu'au cours des deux décennies suivantes le parti communiste grec se soit développé en recrutant une grande partie de ses membres parmi les réfugiés et les anciens combattants de l'Anatolie.",

Imperialismes et espace adriatique
Les expertises et les rapports conservés dans les archives du Komintern indiquent que les kominterniens avaient une perception exacte des rêves d'hégémonie caressés par Mussolini en Méditerranée. La volonté de transformer la mer Adriatique en un ({ lac italien », déjà présente en 1915 lors de la signature des accords de Londres, s'est traduite au cours des années 1920 par une politique très active en direction des Balkans et de l'Europe centrale, marquée par l'établissement de liens d'amitié avec la Bulgarie de la ({ terreur blanche », le développement du commerce avec la Hongrie et un rapprochement avec la Roumanie. Ainsi, selon l'auteur anonyme d'un rapport consacré à l'Impérialisme italien et la poudrière balkanique, le traité d'amitié signé avec la Roumanie et ({ les commandes d'armement passées par la Roumanie en Italie ainsi que les promenades du chef de l'état-major italien en Roumanie portent un grave coup à l'existence de la Petite Entente, ferment une des fenêtres à la Yougoslavie et resserrent le cercle ennemi que la diplomatie italienne presse autour d'elle4J ». Le traité de Tirana signé le 23 novembre 1926 achève quant à lui la mainmise italienne sur l'Albanie décrite en ces termes par l'analyste du Komintern: ({ Au cours de cette année-ci, le gouvernement albanais a donné à des concessionnaires italiens la création et l'exploitation des lignes aériennes et des ports, et pendant que la Yougoslavie signait le traité de commerce avec l'Albanie, l'Italie faisait à cette dernière un cadeau de trois vieux bateaux de guerre, faisant éblouir lsic] Ahmed Zogu de ses largesses. Mais, « Timea Danaos et dona ferentes » ! L'ancien protégé de la Yougoslavie, Ahmed Zogu s'enlisait de plus en plus dans l'ornière de l'impérialisme italien: il laissait aux concessionnaires italiens la prospection des pétroles (à côté de Shell) et aux banquiers de Milan la création de la Banque nationale albanaise [. .. ]. Ainsi, par le traité du 23 novembre 1926, le cercle se referme et le protectorat de l'Italie sur l'Albanie est un fait accompli. Toutes les protestations du gouvernement yougoslave resteront vaines [. .. ]. Dans le désarroi, le gouvernement serbe a poussé quelques tribus albanaises vers une révolte contre le gouvernement d'Ahmed Zogu, mais cet acte désespéré n'a pas eu de succès. Par contre, sur le territoire serbe au Monténégro, le mécontentement de la population monténégrine est habilement exploité par l'impérialiste Italie 44. »
L'expansion de l'impérialisme italien dans l'Adriatique impose l'établissement d'une liaison entre les partis communistes des Balkans, ainsi que le préconise Palmiro Togliatti lors de la conférence balkanique
Troisième partie: Les Balkans et le communisme • 67
de mai 1927
45. Constatant que l'influence italienne tend à se substituer dans les Balkans à celle de la France, Togliatti ne croit pas pour autant à des visées de conquête territoriale dans cette région. ({ Les visées de conquête territoriales de l'Italie ne sont pas dans les Balkans mais dans les provinces méditerranéennes et en Turquie », affirme-t-il, soulevant immédiatement l'objection de Kolarov, pour qui le protectorat établi sur l'Alban ie constitue la preuve même des buts de conquête italiens dans la région, y compris en Dalmatie. Et de souligner, non sans clairvoyance: ({ Il faut avoir en vue qu'en Albanie, il n'y a que 800 000 Albanais, alors qu'en territoire yougoslave près de la frontière albanais, vivent encore 600 000 Albanais. Croyez-vous que dans un moment propice, l'impérialisme italien ne soulèvera pas la question de "l'unification" du peuple albanais naturellement sous le joug de l'impérialisme italien ?
46 » Préconisant une action spécifique du parti communiste auprès des minorités croate et slovène de la frontière italo-yougoslave, Togliatti constate le déclin de l'influence communiste auprès de la minorité croate - sans doute une conséquence du soutien apporté par Mussolini à la cause des oustachis -, sauf dans les rangs des mineurs. Soulignant la nécessité d'une liaison avec les organisations croates et slovènes du parti yougoslave, Togliatti suggère la constitution ({ d'un secrétariat commun pour la propagande et l'agitation dans les provinces slovènes d'un côté et de l'autre de la frontière 47 ». Mais comment concurrencer efficacement la propagande du parti national slovène, plus ou moins rallié au fascisme? Le séparatisme, stade suprême de l'instrumentalisation des minorités, est ici une fois de plus invoqué: « Les nationalistes bourgeois slovènes lancent maintenant le mot d'ordre d'un Conseil national slovène qui devrait se réunir avec les représentants
Cf. Vladimir Claude Fisera, op. cit., p. 210.
Ibid, p. 211.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 18, fI. 50-51. Procès-verbal
de la conférence balkanique auprès de l'exécutif du Komintern, 2' séance, 8 novembre 1923.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 18, 1. 141. Procès-verbal
de la conférence balkanique auprès de l'exécutif du Komintern, 4' séance, 9 novembre 1923.
Ibid., 1. 139. La connaissance du milieu juif de Salonique dont fait souvent preuve" Rodinos » laisse penser qu'il est lui-même originaire de ce milieu,
les intellectuels vénizelistes et juifs de Salonique ayant joué un rôle déterminant dans les origines du parti communiste grec.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 22, fI. 65-66.
Ibid, 1. 65.
Cf. Georges Prevelakis, Géopolitique de la Grèce, Bruxelles, Complexe,
1997, p. 55.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 15, fI. 77-82.
Ibid.
CRCEDHC, fonds 495, inventaire 69, dossier 7, 1. 58.
Ibid, 1. 104.
Ibid, 1. 63.

68 • MATÉRIAUX POUR L'HISTOIRE DE NOTRE TEMPS. n° 71 ! juillet-septembre 2003
des différents partis nationalistes slovènes. Quelle attitude devons-nous prendre devant ce mot d'ordre? [. .. J Nous pensons que le mot d'ordre fondamental que nous devons donner en Italie, c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le droit de séparation des populations slovènes de l'Italie. C'est le mot d'ordre qui désagrège directement, qui compromet la solidité de l'État italien et peut jouer un grand rôle dans la mobilisation des populations slovènes contre l'État italien 48. » Ce slogan en faveur du séparatisme des provinces slovènes devrait également être adopté selon Togliatti par le parti communiste yougoslave. Il est cependant symptomatique que ce dernier, tout comme le parti communiste grec, ait manifesté jusqu'en 1928 une vive résistance à ce mot d'ordre, tout en acceptant le principe de l'autodétermination et la solution de l'autonomie 49. Les réflexes nationaux qui séparent les communistes des Balkans, selon qu'ils sont originaires des États vainqueurs ou des États vaincus de la Première Guerre mondiale, sont clairement perceptibles.

L'application de la tactique séparatiste pendant les années 1920
En 1924, le Ve congrès du Komintern conduisait à une analyse radicale de la question nationale dans les Balkans, en appelant à l'autodétermination des territoires de la Macédoine, de la Thrace, de la Croatie, de la Slovénie, de la Transylvanie, de la Dobroudja, de la Bessarabie et de Bukovine. Cependant, il demeurait en pratique difficile pour un communiste roumain, grec ou yougoslave de préconiser pour son pays le retour aux frontières d'avant-guerre. Dès lors, comment l'application de la tactique séparatiste s'est-elle traduite
Ibid, 1. 65.
Cf. Vladimir Claude Fi~era, op. cit., p. 219.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 70, fI. 49-98 (Nationale Revolutionaere Bewegung
Makedoniens in der Vergangenheit und Gegenwart, 1925), fI. 111-121 (Makedonskij vopros).
Cf. Vladimir Claude Fi~era, op. cit., p. 218.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 90, 1. 49, 18 octobre 1926.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 22,1. 73.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 22,1. 84.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 70, 1. 118.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 160, fI. 7-13.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 164, fI. 34-35. Rapport de l'Orim (unifiée), 9 juin 1933.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 169, fI. 24-27. Réunion du secrétariat politique du 11 janvier 1934, protocole n" 207, résolution sur la question macédonienne
et ~Orim (unifiée).
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 170, fI. 8-14. Les questions d'organisation de l'Orim (unifiée), 27 février 1934.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 74, 1. 75.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 90, 1. 50.
dans des territoires - tels que la Macédoine, la Dobroudja ou la Thrace - contestés et convoités par des nationalismes rivaux? Le soutien apporté pendant un certain temps par le Komintern à certaines organisations révolutionnaires agissant dans ces territoires témoigne, entre autres, de ces difficultés.
L'Drim (unifiée) en.

Macédoine : la « balkanisation » des partis communistes?
Fait surprenant pour une instance qui ne cesse de méditer sur les manières de transcender le problème national, les archives du Komintern contiennent un nombre impressionnant de dossiers consacrés à la question macédonienne, un élément central dans les Balkans 50. Fondée en septembre 1925 sur les ruines de l'Orim historique, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (unifiée) répond à l'objectif de création d'une Macédoine rouge indépendante dans le cadre futur de la Fédération balkanique. Dépendante de la Fédération communiste balkanique basée à Vienne " - ce qui semble être confirmé par ses résolutions et ses statuts rédigés en allemand 52 -, l'Orim (unifiée), qui devait coordonner son action avec celle des partis communistes des Balkans, refuse toute incorporation de la Macédoine dans un État voisin. Revendiquant l'unité des trois parties de la nation macédonienne - Macédoine égéenne, du Vardar et du Pirin -, l'Orim (unifiée) est l'organisation désignée aux partis communistes yougoslave, grec et bulgare pour l'application d'une tactique frontiste, longuement méditée depuis la conférence balkanique de novembre 1923 au cours de laquelle Kolarov et Mi lan Gorkic avaient tenté d'élaborer une ligne d'action cohérente. En pratique, dans la partie serbe de la Macédoine, l'Orim (unifiée) était contrôlée par des militants du parti communiste yougoslave, mais ailleurs elle devait également déterminer ses relations avec les autres organisations révolutionnaires macédoniennes dont certaines ({ ne sont pas complètement libérées des anciennes tendances nationalistes bulgares. Certains de leurs chefs sont restés en liaison avec les nationalistes bulgares et sous prétexte de défendre l'autonomie macédonienne, ils voudraient continuer l'ancienne politique nationaliste bulgare 53 ». Déjà, durant l'été 1923, le voyage d'un émissaire du parti communiste yougoslave, Castlerovitch, mandaté en Macédoine grecque à Yiannitsa, avait permis d'exposer le point de vue du parti communiste yougoslave sur l'autonomie de la Macédoine, mais aussi de prendre connaissance de la situation réelle des communistes de Macédoine persécutés par ({ les compagnies d'action de Théodore Alexandrov» 54. Ainsi, dans la complexité et l'habituelle confusion des luttes macédoniennes, l'Orim (unifiée) devait tenter de s'imposer face aux ({ protoguerovistes » de Sofia, ({ agents du nationalisme conquérant de la bourgeoisie tiutçsre» ».
Quelle fut l'action menée sur le terrain en Macédoine? En territoire grec, la politique de colonisation et d'hellénisation de la Macédoine bouleversa totalement la composition ethnique de la population par l'installation, dans les plaines, des réfugiés d'Asie Mineure et du Pont qui avaient soutenu massivement Vénizelos. Auteur d'un rapport adressé au Komintern en 1932, ({ Karassou » déplore l'influence du vénizélisme et celle des ({ forces fascistes» en Macédoine, telles que l'organisation Pavlos Melas, ({ composée exclusivement d'anciens comitadjis dont la plupart sont de anciens agents de l'impérialisme bulgare en Macédoine », les associations et les unions anticommunistes d'étudiants, d'officiers, de mutilés de guerre et enfin l'Ethniki Enossis Elias du général Gonatas, par ailleurs gouverneur général de la Macédoine et de la Thrace 56. Cette configuration contribua à réduire l'influence communiste en Macédoine à la minorité juive de Salonique, à la région de Kilkitch où avaient été installés des réfugiés grecs du Caucase et aux ({ ceintures rouges» de Macédoine centrale - ({ où même des patrouilles de dix gendarmes hésitent à s'aventurer» -, et enfin aux bulgarophones de Macédoine orientale. Ainsi, au début des années 1930, l'Orim (unifiée) ne disposait d'aucune organisation en Macédoine grecque, alors qu'elle existait en Macédoine yougoslave depuis 1925, et en Macédoine bulgare depuis 1927. Un rapport de D. Danilov, représentant du bureau étranger de l'Orim (unifiée) adressé au Komintern en juin 1933 déplore que ({ malgré les conditions favorables pour notre travail dans les trois parties de la Macédoine, l'action politique et organisatrice de notre organisation ïsic] a rencontré de très grands obstacles. La cause en est que depuis plus de trois mois, nos liaisons avec le CR balkanique sont presque coupées et que nous sommes restés sans aucun moyen financier 57 ». Contrainte de suspendre la parution de son organe illégal - Makedonskoe Dela - et de ses publications légales paraissant à Sofia - Makedonsko lnamie et Studentska Tribuna -, l'organisation de l'Orim (unifiée) semble exsangue. Privée depuis les élections allemandes de tout contact avec Vienne, décimée par les assassinats perpétrés dans ses rangs par ses adversaires bulgares, elle réclame à Moscou, alors que le Komintern est à la veille d'un changement décisif de tactique, le rétablissement de ses subsides. En janvier 1934, une résolution comminatoire du secrétariat balkanique du Komintern persiste à fixer parmi ses objectifs prioritaires la création d'une République unifiée et indépendante des travailleurs macédoniens, tout en constatant l'insuffisance du travail accompli dans les trois parties de la Macédoine58. Les directives édictées alors par les experts du Komintern concernent d'abord l'action de l'Orim (unifiée) en territoire bulgare: la pénétration du district bulgare de Petrie, proche de la frontière, est
Troisième partie: Les Balkans et le communisme • 69
donnée comme prioritaire, tout comme le recrutement de nouveaux membres dans les fabriques de tabac ou dans les associations d'émigrés - bratsva - macédoniens 59. En Yougoslavie, l'Orim (unifiée) est sommée d'utiliser ({ les unions coopératives et autres organisations de masse, y compris celles à caractère ouvertement Grand-Serbe, le Sakai, les sociétés chorales, les organisations sportives et autres dont font partie les masses travailleuses macédoniennes ». En Macédoine grecque enfin, l'organisation est chargée de consolider sa position parmi les Macédoniens mais aussi parmi ({ les autres nationalités asservies, Juifs, Koutsovalaques, Turcs ». Malgré la précision et la mégalomanie de ces directives ambitieuses, la suppression des instances balkaniques du Komintern en 1934-1935 et l'adoption de la tactique des fronts à partir de 1935 rendirent caduque le soutien au séparatisme en Macédoine. Restituée en grande partie à la Bulgarie dans le cadre de l'Europe allemande, la région allait être l'objet de diverses recompositions politiques à partir de 1941.

Pour une Dobroudja libre ...
Les nombreux dossiers consacrés à la question de la Dobroudja dans les archives du Komintern témoignent du soutien apporté par les kominterniens au séparatisme de cette région âprement disputée qui fut attribuée à la Roumanie à la fin de la Première Guerre mondiale. Ainsi, en 1924, l'Organisation révolutionnaire de Dobroudja (DRO, Dobrudtanskata Revoljutsiona Organizatsija) se proposait d'agir d'une part en Dobroudja contre la ({ politique de dénationalisation et de colonisation» menée par les autorités roumaines, et d'autre part en territoire bulgare en menant des objectifs distincts de ceux manifestés par la ({ la politique chauviniste de Sofia », avec pour objectif la création d'une ({ République dobroudjienne », partie intégrante de la future Fédération balkanique 60. Dotée d'une population mêlée de Bulgares, Turcs, Tatares, Russes, Juifs, Arméniens et Roumains, la région pouvait en effet paraître prédisposée à la réalisation des idéaux internationalistes. En 1926, une résolution invite les partis communistes roumain et bulgare à appliquer la tactique du ({ front unique» avec la DRO 61. Active dans les milieux émigrés en Bulgarie, dans l'Union DObroudja et au sein des organisations destinées à la jeunesse, la DRO disposait d'un organe publié en Bulgarie, Svobodna DObroudja. Membre du comité central de la DRO, P. Vitchiev semble avoir rendu compte régulièrement des activités de l'organisation à Moscou d'où proviennent quelques maigres subsides, du moins jusqu'en 1927. Sur le terrain, la DRO dut également affronter la concurrence d'une organisation nationaliste, la VDRO, agissant sous l'impulsion de Sofia.

70 • MATÉRIAUX POUR L'HISTOIRE DE NOTRE TEMPS. n° 71 ! juillet-septembre 2003

et un État thracien occidental
Bien que les archives du Komintern soient moins explicites à ce sujet, une expérience similaire semble avoir été tentée en Thrace occidentale. Au milieu des années 1920, les représentants d'une organisation révolutionnaire de Thrace occidentale, Kémal et Arif Fouad Isketcheli, adressèrent une longue requête à Moscou 62. Ils invoquaient l'existence d'un éphémère État thracien occidental - entre la guerre balkanique de 1913 et la Première Guerre mondiale -, sacrifié ({ au nom d'intérêts communs des gouvernements turc et bulgare. Les gouvernements ayant réalisé une entente entre eux, malgré les protestations véhémentes de la majorité turque de la population de la Thrace occidentale, mirent fin à l'existence indépendante de l'État thracien occidental qui ne datait que de neuf mois ». Entériné en 1919 par les traités de Sèvres et de Neuilly, le partage de la Thrace occidentale entre la Bulgarie et la Grèce atteste certainement que ({ l'impérialisme mondial et balkanique applique un plan monstrueux pour anéantir la liberté et l'indépendance de la Thrace occidentale [. .. J, alors que la nature même de l'activité productrice, les ressources naturelles, les besoins réciproques de sa population et la situation géographique et ethnographique de la Thrace occidentale commandent impérieusement la conservation de son intégrité ». Réclamant en termes hyperboliques l'aide du Komintern au nom de la ({ liberté qui rayonne sur les peuples vivant dans l'Union des Républiques soviétistes fédératives» [sic], cette supplique ne fut probablement pas suivie d'effets. Elle reste néanmoins significative des conflits territoriaux dans les Balkans, et des aspirations qui y furent soulevées par le Komintern.
CRCEDHC, fonds 509, inventaire 1, dossier 91, fI. 17-21.
Lajos Zilahy, Le siècle écarlate, Paris, Mercure de France, 2000, p. 306.
Cf. Leonid Gibiansky, « Ideja balkanskogo ob'edinenija i eë osusëestvleni]a v 40-e gody XX veka » [L'idée d'unification balkanique et sa réalisation dans les années 19401,
in Voprosy Istorii, n° 11-12, novembre-décembre 2001, pp. 38-56.
Le personnel et les choix stratégiques du Komintern dans la Péninsule balkanique semblent traduire la position dominante des communistes bulgares, dont témoignent les débuts de la carrière de Georgi Dimitrov, secrétaire général du Komintern à partir de 1935. Si elles peuvent être jugées suicidaires, les tactiques séparatistes préconisées - et, dans certains cas, appliquées- par le Komintern dans les Balkans traduisent surtout la nouveauté des frontières et l'inadéquation persistante entre États, territoires et nations. La tactique d'instrumentalisation des minorités tentée par le Komintern pendant les années 1920 semble confirmer cette exclamation d'un héros de l'écrivain hongrois Lajos Zilahy : ({ Minorités! Plaies du genre humain. Minorités! Plantées dans le corps des nations comme la lame d'un couteau. Il n'y a pas d'exutoire pour les minorités, elles nous empoisonnent le sang ... 63 » Quant au projet de Fédération balkanique, il sembla se concrétiser en novembre 1947 avec l'alliance bulgaroyougoslave - premier maillon du projet fédéral de Tito, mais jugée si prématurée par Staline qu'elle fut sans doute l'une des causes essentielles du schisme soviéto-yougoslave en 194864• 0

luni, 3 octombrie 2011

Colocviu Les transnationales de l’anticommunisme de guerre froide: actions, réseaux, transferts

Colloque 
26-29 octobre 2011
Université de Fribourg
Alors que la lutte contre le communisme pendant la guerre froide est souvent associée à une «croisade», sur laquelle plane par ailleurs l’ombre – la «main invisible» – des Etats-Unis et de leurs services secrets, et que l’historiographie de ces dernières années a beaucoup étudié des aspects tels que la guerre psychologique et la diplomatie culturelle, tout en développant le concept d’histoire transnationale, le moment semble venu de faire le point sur la part de «transnationalité» de l’anticommunisme. Dans quelle mesure celui-ci a-t-il été réellement concerté, coordonné et ramifié de manière transnationale? Quelles interactions et interdépendances observe-t-on entre les différents types d’anticommunisme à l’échelle européenne et transatlantique? Quelles ont été les dynamiques de transfert à l’œuvre tant au niveau des pratiques que des idées? Quels réseaux et quelles configurations enjambant les frontières le combat contre le «péril rouge» a-t-il engendrés? Comment se sont articulées activités clandestines et publiques, privées et étatiques? Telles sont les principales questions auxquelles des spécialistes européens et américains tenteront d’apporter des réponses, en se penchant sur tout l’éventail des connexions hétérogènes qui se sont manifestées dans le cadre de la lutte anticommuniste. Ainsi le colloque vise-t-il à rendre compte des accomplissements aussi bien que des limites de la «solidarité anticommuniste occidentale» durant la guerre froide.

Organisation
Département des Sciences Historiques – Histoire contemporaine – Université de Fribourg:
Prof. Claude Hauser
Prof. Damir Skenderovic
Dr. Luc van Dongen (FNS Ambizione)
Dr. Stéphanie Roulin
Assistants de colloque :
Dr. Grzegorz Sienkiewicz
Prof. Giles Scott-Smith
Partenaires
Les organisateurs remercient les institutions suivantes pour leur généreux soutien financier:
Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg – Fondation Pierre du Bois pour l’histoire du temps présent (Lausanne) – Fonds national suisse de la recherche scientifiques – Gebert Rüf Stiftung (Zurich/Bâle) et Institut interfacultaire d’Europe orientale et centrale (Université de Fribourg) – Institute for History de l’Université de Leiden (Pays-Bas) – Rectorat de l’Université de Fribourg – Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche.
Programme
MERCREDI, 26 OCTOBRE 2011 (BÂTIMENT MISÉRICORDE, AUDITOIRE C)
17h15 : Ouverture du colloque
KEY­NOTE
17h30 : Giles SCOTT-SMITH (Université de Leiden et Roosevelt Study Center à Middleburg) – Tracking the Bear? Anticommunism and the Transnational Imperative
18h30 : Discussion
19h00 : Vin d’honneur de la Chancellerie de l’État de Fribourg (Hall Mosaïque)
JEUDI, 27 OCTOBRE 2011 (BÂTIMENT VKHS)
9h00 : Accueil par les organisateurs
9h25-­11h45 : PANEL I – FIGURES
9h25 : Modération – Brigitte Studer (Université de Berne)
9h30 : Bernard LUDWIG (Université de Paris I) – «Dr. Anti» : Eberhard Taubert, de l’Antikomintern au Volksbund für Frieden und Freiheit (VFF)
9h50 : Olivier DARD
(Université de Metz) – Suzanne Labin, cinquante ans d’«expertise» anticommuniste
10h10 : Discussion
10h30 : Pause
10h45 : Pierre ABRAMOVICI (journaliste et IHEAL, Paris III – Sorbonne) – Stefano Delle Chiaie, combattant de l’anticommunisme ou terroriste d’extrême­-droite? Mythe et réalité
11h05 : Luc VAN DONGEN (Université de Fribourg) – «Brother Tronchet», un leader syndical suisse dans l’orbite des États-Unis
11h25 : Discussion
11h45 : Repas
14h00­-15h15 : PANEL II – RENSEIGNEMENT ET SECURITE / INTELLIGENCE AND SECURITY
14h00 : Modération : Damir Skenderovic (Université de Fribourg)
14h05 : Daniele GANSER (Université de Bâle) – Der internationale Kontext der NATO Geheimarmeen und der Terroranschlag in München 1980
14h35 : Peer Henrik HANSEN (Cold War Museum Langelandsfort de Rudkøbing) – «How to Dismantle a Communist Party From the Inside»: Anti­Communism and Danish-­US Intelligence Operations 1947­-1963
14h55 : Discussion
15h15 : Pause
15h30­-17h35 : PANEL III – LE CONGRES POUR LA LIBERTÉ DE LA CULTURE / THE CONGRESS FOR CULTURAL FREEDOM
15h30 : Modération – Claude Hauser (Université de Fribourg)
15h35 : Mikael NILSSON (Chercheur indépendant) – Herbert Tingsten and the Congress for Cultural Freedom: the Intellectual History of the « Death of Ideology » Thesis in Sweden
15h55 : Maren ROTH (Amerika-Institut Ludwig-Maximilians-Universität de Munich) – Melvin Lasky – ein intellektueller Agent im kulturellen Kalten Krieg
16h15 : Discussion
16h35 : Nicolas STENGER (Université de Genève) – Anticommuniste parce que chrétien: Denis de Rougemont et le Congrès pour la liberté de la culture
16h55 : Paola CARLUCCI (Scuola Normale Superiore de Pise) – « Tempo Presente » (1956­-1968): A Transnational Journal in Italy
17h15-17h35 : Discussion
VENDREDI, 28 OCTOBRE 2011 (BÂTIMENT VKHS)
9h00­-11h20 : PANEL IV – CHRISTIANISME / CHRISTIANISM
9h00 : Modération – Stéphanie Roulin (Université de Fribourg)
9h05 : Markku RUOTSILA (Université de Helsinki) – Transnational Fundamentalist Anticommunism: The International Council of Christian Churches
9h25 : Johannes GROSSMANN (Université de Sarre) – Ein «christliches Kominform»? Das ‘Comité International de Défense de la Civilisation Chrétienne’
9h45 : Discussion
10h05 : Pause
10h20 : Bent BOEL (Université d’Aalborg) – Bible Smuggling and Human Rights in the Soviet Bloc during the Cold War
10h40 : Matthieu GILLABERT (Université de Fribourg) – La soviétologie fribourgeoise de Józef M. Bochenski (1955-­1965)
11h00 : Discussion
11h20 : Repas
13h30­-14h55 : PANEL V – INFORMATION ET PROPAGANDE / INFORMATION AND PROPAGANDA
13h30 : Modération – Alain Clavien (Université de Fribourg)
13h35 : Hugh WILFORD (California State University de Long Beach) – The American Society of African Culture: The CIA and Transnational Networks of African Diaspora Intellectuals in the Cold War
13h55 : Tity DE VRIES (Université de Groningen) – Not An Ugly American – a Dutch Reporter As Agent of the West in
Africa
14h15 Simona TOBIA (journaliste et Université de Reading) – How the USA Conquered the RAI: the Transnational Struggle on Short­Waves, 1945-­1956
14h35 : Discussion
14h55 : Pause
15h10­-16h35 : PANEL VI – ÉCONOMIE ET ÉLITES / ECONOMICS AND ELITS
15h10 :  Modération – Thomas David (Université de Lausanne)
15h15 : Valérie AUBOURG (Université de Cergy-Pontoise) – L’atlantisme comme antidote du communisme: le cas du groupe de Bilderberg dans les années 1950­-1960
15h35 : Niels BJERRE-POULSEN (Universityof Southern Denmark) – Abandoning the Road to Serfdom: The Mont Pelerin Society and the Reconstruction of Postwar Germany
15h55 : Adrian HÄNNI (Université de Zurich) – A Global Crusade against Communism: The Cercle and the 6I in the
1980s
16h15 : Discussion
16h35 : Fin de la journée
SAMEDI, 29 OCTOBRE 2011 (BÂTIMENT MISÉRICORDE, AUDITOIRE 3115)
9h00 : Accueil par les organisateurs
9h10­-10h15 : PANEL VII – JEUNESSE ET ÉTUDIANTS / YOUTH AND STUDENTS
9h10 : Modération – Jean­-François Fayet (Université de Genève)
9h15 : Nick RUTTER (Université de Yale) – Prohibit, Mimic, Torment, Engage ? Anti­Communist Answers to the World
Youth Festival, 1947-­1973
9h35 : Karen M. PAGET (Chercheuse indépendante) – Liberation Politics and US National Security Objectives during the Cold War : Students, Covert Action and the Case of Algeria
9h55 : Discussion
10h15 : Pause
10h30­-12h00 : PANEL VIII – ÉMIGRÉS
10h30 : Modération – Lubor Jílek (Centre d’archives européennes de Coppet)
10h35 : Bernard WIADERNY (Friedrich-Meinecke-Institut Freie Universität de Berlin) – Der Kongress für kulturelle Freiheit und die polnische Pariser Exilzeitschrift «Kultura»
10h55 : Gergely FEJERDY (Université Catholique Pázmány Péter de Budapest) – Les Hongrois en émigration et la construction européenne comme outil de lutte contre le communisme au début de la Guerre Froide
11h15 : Discussion
11h35 : Conclusion
12h00 : Fin du colloque et buffet dînatoire (Hall Mosaïque)
Contact :
Grzegorz Sienkiewicz
Grzegorz[point]sienkiewicz[at]unifr[point]ch

miercuri, 28 septembrie 2011

Biblioteci numerice liber accesibile

Există în aceste depozite de carte numerizată multe cărți de referință pentru cultura, geografia României, istoria românilor și României, inclusiv privitoare la minorități și vecini. Restul surselor se pot consulta la adresa
http://www.sitotheque.agglo-sqy.fr/index.php?cat_id=556

 
ABU : la Bibliothèque Universelle/Biblioteca Universală     
"L'Internet est devenu en quelques années un formidable outil de diffusion de la connaissance. ABU se propose de maintenir sur ce réseau un corpus le plus vaste possible de textes numérisés en français du domaine public, représentatifs de la culture francophone." Environ 300 textes d'une centaine d'auteurs sont disponibles.
688 visites depuis le 10-09-2005

Bibliothèque Libertaire/Biblioteca Libertară     
Une foule de textes, commentaires et articles sur le mouvement libertaire , anarchiste, syndicaliste et féministes. Des textes de philosophes, de socioloques, de partis et de syndicats.
57 visites depuis le 06-01-2011
Bibliothèque numérique du Québec/Biblioteca numerică a Quebecului     
Textes d'auteurs appartenant au domaine public, la bibliothèque numérique du Québec a plus de 10 ans et propose 7 collections disponibles regroupant 4 173 oeuvres originales de 1 208 auteurs différents jour ..Collections : Les auteurs classiques, les sciences sociales contemporaines, sciences du développement...Tous les ouvragesnumérisés de cette bibliothèque sont disponibles en trois formats de fichiers : Word, PDF et RTF
489 visites depuis le 18-04-2008
Bibliothèque numérique mondiale Unesco/Biblioteca numerică mondială UNESCO     
Navigation par thèmes, par pays, par période, par institutions.
226 visites depuis le 09-06-2009
Bibliothèque philosophique/Biblioteca de filosofie     
Proposé par l'académie de Nice, n trouvera ici en téléchargement un certain nombre d'oeuvres philosophiques classiques libres de droits, dans leur langue originale ou en traduction française (et éventuellement en traduction anglaise si aucune autre source originale n'est disponible). Chaque texte a été vérifié, corrigé, et comparé à une édition scientifique moderne. Ils peuvent être considérés comme des sources fiables.Les liens hypertextes permettent la consultation en ligne des textes en format HTML ou Acrobat, ou le téléchargement d'une archive ZIP contenant les textes dans un format exploitable par l'utilisateur
581 visites depuis le 28-05-2008
Bibliothèque virtuelle de périodiques/Biblioteca virtuală de periodice     
Répertoire de périodiques classés par thèmes (dewey)
387 visites depuis le 01-07-2008
Europeana/Euoropeană     
Europeana est un prototype de bibliothèque en ligne développé par la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre du projet de Bibliothèque numérique européenne. Europeana rassemble environ 12 000 documents libres de droits issus des collections de la BnF, de la Bibliothèque Nationale Széchényi de Hongrie et de la Bibliothèque nationale du Portugal.
400 visites depuis le 07-12-2007
Flaubert les textes/Textele lui Flaubert     
Les textes de Gustave Flaubert
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Gallica/Gallica - Biblioteca Națională a Franței 
La Bibliothèque Numérique de la Bibliothèque Nationale de France
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Google books/Cărți Google     
533 visites depuis le 07-12-2007

vineri, 23 septembrie 2011

Preţul plătit pentru a fi aliat. România a cheltuit peste 800 mil. dolari pe războaiele Americii. Ce va obţine Băsescu la Washington

Preţul plătit pentru a fi aliat. România a cheltuit peste 800 mil. dolari pe războaiele Americii. Ce va obţine Băsescu la Washington

13 sep 2011 Autor: Iulian Anghel


Din 2004 până în prezent România a cheltuit în jur de 800 mil. dolari pentru a-şi susţine trupele în teatrele de operaţiuni în principal în războaiele deschise de Statele Unite în Irak şi Afganistan, după cum poate fi estimat din bugetele aprobate pentru Armată.
La 11 noiembrie 2003 în Afganistan mureau doi militari români - erau primii români care cădeau în misiuni de luptă după al Doilea Război Mondial.
Între 2003 şi 2011 în teatrele de operaţiuni au murit 21 de militari români - 18 în Afganistan, doi în Irak şi unul în Bosnia - şi alţi 74 au fost răniţi - 58 în Afganistan, 14 în Irak şi doi în Bosnia.
Preşedintele Traian Băsescu se află astăzi în vizită în Statele Unite unde, spune Preşedinţia, va finaliza unele proiecte comune româno-americane. Este posibilă o întâlnire cu preşedintele Barack Obama, dar ea nu a fost confirmată nici ieri oficial. Cotidianul The Hill, distribuit la Washington, a susţinut ieri că va exista o întâlnire între preşedintele Traian Băsescu şi vicepre­şedintele Joe Biden, fără a menţiona şi o întâlnire la nivel de şefi de stat.
Între dosarele im­portante se numără insta­larea scutului american antirachetă în România, decizie luată în CSAT la începutul lui mai.
După atentatele tero­riste de la 11 septem­brie 2001, România a fost un partener necondiţionat al Statelor Unite, iar intrarea în NATO în 2004 a întărit această legătură care a culminat cu deschiderea pentru trupele americane a Portului Constanţa şi a Aeroportului Kogălniceanu şi cu amplasarea scutului antirachetă la Deveselu (Olt).
Dar costurile sunt pe măsură: România a alocat anul acesta un buget pentru susţinerea operaţiunilor în străinătate de 371 mil. lei, bugetul pentru aceste misiuni fiind în 2010 de 268 mil. lei. În total, din 2004 până acum peste 800 mil. dolari (600 mil. euro) au fost cheltuiţi, majoritatea pentru susţinerea trupelor din Irak şi Afganistan. În vara lui 2009 România şi-a retras trupele din Irak - în jur de 500 de militari, însă le-a suplimentat pe cele din Afganistan unde misiunile se desfăşoară acum sub comanda NATO.
În prezent, România are, potrivit datelor MApN, 1.800 de soldaţi în Afganistan şi doar doi în Irak (pentru instruirea trupelor irakiene), 119 oameni în Bosnia şi în Kosovo. În jur de 2.000 de militari şi poliţişti se află în misiuni ale NATO sau ONU în afara graniţelor României în acest moment. Peste 8.400 de militari au fost "rotiţi" de armata română în Irak în timpul celor şase ani, cât au fost ei prezenţi în zonă.
Guvernele nu au prezentat niciodată factura războaielor, cifrele pentru acţiunile externe fiind cuprinse, deşi într-un mod amestecat, în legile bugetelor.

În 2006, surse din cadrul Guvernului Tăriceanu estimau costul războaielor pentru România la 200 mil. dolari anual Ð ceea ce ar duce sumele totale chaltuite la peste 1,5 mld. dolari.
În schimb, România a încercat în aceşti ani să fie implicată în reconstrucţia Irakului, şi să ia "dividende" ale implicării sale - dar fără succes, deocamdată. Numai că, la insistenţele americane, România alături de alte state a restructurat datoria irakiană, datorie făcută înainte de 1989. În 2006 Irakul a recunoscut o datorie faţă de România de 977 mil. dolari care va fi achitată, potrivit Ministerului Finanţelor, eşalonat, până în 2028. Mai mult, tot la insistenţele americane o bună parte a datoriei a fost ştearsă - o telegramă a ambasadei americane în România transmisă Washingtonului şi publicată la începutul anului de WikiLeaks, susţinea că preşedintele Traian Băsescu a renunţat în 2005 după o întâlnire cu ambasadorul american Richard Jones, la 80% din datoria irakiană. Sumele au diferit în ani de la o sursă la alta Ð autorităţile de la Bucureşti evocând o datorie totală de 2,6 mld. dolari în vreme ce Irakul ar fi fost dispus să recunoască o datorie de 1,7 mld. dolari. În final s-a ajuns la înţelegerea ca Irakul să achite României 977 mil. dolari, eşalonat, pe 23 de ani.
A meritat ca România să fie necondiţionat alături de America?
Surse neoficiale susţin că în cadrul discuţiilor de la Washington ar urma să fie semnate şi unele acorduri comerciale, dar nici Administraţia Prezidenţială nici Departamentul de Stat nu au dat detalii. Nu este clar aşadar dacă România vinde ceva Americii sau, dimpotrivă, cumpără. Americanii au insistat mult ca România să cumpere avioane F Ð 16 pentru înzestrarea armatei şi numai criza a împiedicat acest contract evaluat la 1 mld. dolari, adică cât toate investiţiile americane directe în România la un loc.

marți, 20 septembrie 2011

Emilia Corbu: Istorie si politica. Roesler, Roller, Chrzanovsky. Plus Patapievici si Baconsky


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Emilia Corbu: Istorie si politica. Roesler, Roller, Chrzanovsky. Plus Patapievici si Baconsky

ISTORIE ŞI POLITICĂ. ROESLER, ROLLER, CHRZANOVSKY
de dr Emilia Corbu

Fondul problemei

Mulţi se întreabă de ce m-am agitat aşa de mult cu privire la proiectul ICR “România Medievală”, aşa că le răspund pe scurt. Formula în care este prezentat, foarte apropiată de imaginea pe care Europa o doreşte României, este una cu implicaţii politice. Şi acest demers de a ţese teorii istorice necesare la un moment dat, nu este singular, are antecedente cu consecinţe grave până azi. Mă refer la celebra “teorie a lui Roesler” şi la teoria slavismului în etnogeneza românească, teorie susţinută în special de ,,manualul lui Roller”. Ambele au apărut în momente politice tulburi şi s-au bucurat de o puternică susţinere politică. Primul din partea istoriografiei maghiare, al doilea din partea conducerii Partidului Comunist. Un studiu recent al lui Andrei Măgureanu redă exact condiţiile în care teoriile lui Roller erau impuse comunităţii ştiinţifice în anii 50.
Ambele teorii erau necesare conducătorilor vremelnici ai românilor. Teoria lui Roesler a apărut pe fondul afirmării naţiunii române în Transilvania. Teoria lui Roller a apărut pe fondul ocupaţiei sovietice.
Ambele tratau etnogeneza românească. Roesler a elaborat teoria migraţiei românilor de la sudul Dunării la nordul Dunării. Roller impunea rolul slavilor în etnogeneză.
Primul efect a fost împărţirea istoricilor în două tabere, pro şi contra. Al doilea efect a fost altoirea pe trunchiul lor a altor idei şi ipoteze. S-a pierdut o grămadă de timp. S-au scris sute de pagini. Au curs râuri de cerneală. Împotriva teoriei lui Roesler s-au ridicat aproape toţi istoricii români, de la Densuşianu la Iorga şi care au adus în contrapondere teoria autohtoniei românilor. Creaţiile lui Roller au fost mai subtile. S-au infiltrat în istorie, arheologie, lingvistică. Nu voi intra aici în discuţiile, teoriile şi ipotezele ştiinţifice aruncate de o parte şi alta în focul confruntărilor
Proiectul “România Medievală” dezvoltă haotic tema migraţiilor la care adaugă o parte din slavismele lui Roller, în special extinderea Primului Ţarat Bulgar la Nordul Dunării cu implicaţii politice şi spirituale, inclusiv de organizare bisericească. Noutatea pe care o aduce este “mozaicul de populaţii”. Şi, la fel ca cele anterioare este susţinut de sus, de Institutului Cultural Român şi încredinţat unui necunoscut cercetării istorice româneşti.
Explicaţii pe foarte scurt

Către urmaşii lui Roesler
Pentru mine lucrurile sunt foarte limpezi. Teoria migraţionistă a lui Roesler cade din simplul motiv că nici un izvor istoric nu atestă o migraţie a vlahilor. Istoria menţionează două tipuri de migraţii: o migraţie a popoarelor specifică evului mediu-timpuriu şi o migraţie a persoanelor întâlnită mai ales în evul mediu-târziu. Toate migraţiile popoarelor sunt menţionate documentar. Efectul lor a fost crearea unor state: avar, bulgar, maghiar, statele slave. Migraţia persoanelor a dus cel mult la colonizări de sate sau microregiuni.
Nu doar că o migraţie de proporţii a vlahilor nu este atestată ci, mai mult, un cronicar de pe la 1300, e vorba de Laonic Chalcocondil scrie că din Dacia până în Pind trăieşte un popor numeros numit vlahi. Şi adaugă el că nimeni nu poate să spună dacă au venit unii la alţii. Cu alte cuvinte Laonic infirmă orice migraţie, de la nord la sudul Dunării sau invers. Şi cronica de care vorbesc datează exact din perioada în care Roesler situează, fără probe, migraţia vlahilor după marea invazie tătară din 1241.
Către Roller/ Chrzanovsky
Cât despre extinderea Primului Ţarat Bulgar la Nordul Dunării trebuie să vă spun că pe lângă seria argumentelor contrare aduse de-a lungul timpului am adus şi eu argumente de ordin geografic prezentate în Sesiunea Internaţională de la Pliska (Bulgaria) în anul 2009. Am arătat că un stat lipsit de flotă cum a fost Bulgaria în sec. IX-X nu ar fi putut să se extindă de o parte şi alta a celui mai mare fluviu din Europa, Dunărea, a cărei albie majoră avea lăţimea cuprinsă între 4-12 km. Am argumentat cu hărţi istorice, arheologice şi studii geografice. De aceea nici Imperiul Roman, nici Imperiul Bizantin şi nici Imperiul Otoman, state deţinătoare de flote nu s-au extins la nordul Dunării Inferioare care are o lungime de 900 km. A trece Dunărea pe la vaduri e una, dar să stăpâneşti o ţară de o parte şi alta a Dunării, fără să ai flotă, este imposibil. Şi, mai ales să scrii că bulgarii au stăpânit cetăţile de la Dunăre între 681-971, e o gogomănie. Cu ce le apărau împotriva unui eventual atac de pe Dunăre? Vorbim despre o perioadă în care războaiele erau frecvente.
Că aşa au stat lucrurile o dovedeşte şi unul dintre puţinele izvoare istorice pe care ei îşi ţes teoria şi care vorbeşte de Bulgaria de la Nordul Dunării. Voi intra în detalii. Sunt picante!
Leo Gramaticul poveşteste cum în vremurile lor de glorie, pe la 814, bulgarii au atacat Adrianopolul şi au luat 12 000 de prizonieri, bărbaţi, femei şi copii pe care i-au colonizat pe malurile fluviului Dunărea. Doar că macedonenii au cerut ajutor de la împărat care a trimis corăbii să îi ia şi să îi aducă acasă. Când corăbiile au sosit ca să îi îmbarce, bulgarii au aflat că le pleacă prizonierii, dar nu au putut trece Dunărea să îi oprească. În disperarea lor au cerut ajutor la unguri aflaţi pe atunci în Atelkuz. Hunii, cum îi menţionează izvorul, au venit cu mulţimi nenumărate să le oprească îmbarcarea. Macedonenii s-au pregătit de război. Trei zile a durat lupta şi în ziua a patra au reuşit să urce pe corăbii. Un stol condus de Leon a mai luptat o zi şi după ce şi aceştia au urcat în corăbii expediţia de recuperare s-a întors victorioasă în Bizanţ unde au fost felicitaţi de împărat.
Şi asta a fost toată ,,Bulgaria de la nordul Dunării,,. Să faci din asta un stat fabulos de la Carpaţi la Balcani e totuşi…cam prea multă fantezie.
Chiar şi în timpul gloriosului ţar Simeon lipsa flotei le-a creat probleme. Când a atacat Constantinopolul, Simeon a cerut sprijin ruşilor care au venit cu o întreagă flotă de …monoxile. Cred că a fost o imagine foarte exotică pentru bizantini să vadă Bosforul plin cu monoxile ruseşti. Doar că acele bărci, destul de interesante de altfel, sunt ambarcaţiuni de transport nu de luptă. De regulă, ruşii luptau pedestru. Nu a mai fost cazul. La apariţia triremele bizantine purtătoare de ,,foc grecesc,, un foc care ardea pe apă, monoxilele s-au retras rapid. Era pericol de incendiu. Episodul s-a încheiat trist pentru Simeon. Insă visele lui glorioase au secătuit Bulgaria care în 971 este cucerită de către bizantini şi istorica provincie Moesia este reorganizată în temă.
Cât priveşte apartenenţa teritoriilor nord-danubiene de structura bisericească bulgară e iarăşi o poveste lungă. După creştinarea lor la 865 bulgarii au opus rezistenţă creştinismului mergând până la o mare răscoală anticreştină în 902 condusă de chiar Vladimir, fiul ţarului Boris-Mihail. Păgânii au fost învinşi. Lui Vladimir i s-au scos ochii. 20 de familii aristocratice bulgare-vechi au fost trecute prin sabie cu copii cu tot. Capitala a fost mutată de la Pliska la Preslav. În concluzie, creştinarea bulgarilor a fost un proces dificil. Nici vorbă să creştineze ei pe alţii. Mă auzi, Chrzanovsky? Mai ia, frate, lăbuţa de pe telefon şi citeşte izvoarele bizantine!
Fireşte că argumentele mele pot continua. Dar, mă opresc aici. Sper din toată inima ca teoria “mozaicului de populaţii” să se ofilească în broşurica publicată. Dar, dacă se continuă promovarea de sus, diseminarea în mediu diplomatic, s-ar putea să se impună.
Emilia Corbu Blog
Nota redactiei: In total cele două volume au 400 de pagini dintre care:
266 pagini planşe color.
140 de pagini text adică un text de 31 pagini tradus  în patru limbi: română, germană, engleză, franceză. La care se adaugă pagina de gardă, pagină finală şi trei pagini albe. Hârtie cretată, scumpă.
Cititi si Emilia Corbu vs “Raportul Patapievici” aka “Romania Medievala”: Despre fals in scrierea istoriei

joi, 8 septembrie 2011

Ion PAPUC. Scrisori din Bucuresti : CEEA CE ŞTIU

CEEA CE ŞTIU
                                                                                                                                                  Ion

 
 
   
Iesind din cursul obisnuit al activitatii lor, mijloacele de informare din România au avut, în sfîrsitul de an 2005, o tresarire, o abatere, relatînd o întîmplare pariziana, în care sînt implicate si numele a doua personalitati de origine româna. În principal, a fost vorba de scoaterea la licitatie a unor manuscrise ale lui Emil Cioran, alaturi de unele ale lui Mircea Eliade, împreuna cu altele ale lui Louis-Ferdinand Céline, pentru a alcatui o tripleta faimoasa, dar – sa recunoastem – si cam deochiata. Se spunea cu acea ocazie ca autoritatile statului român, prin ambasada din capitala Frantei, s-au interesat de licitatie de parca ar fi avut intentia sa intre în joc pentru a-si adjudeca respectivele manuscrise. Desigur, mi-am spus, va interveni în aceasta competitie chiar Institutul cultural român. Dar nu!, caci acesta tocmai era ocupat cu lansarea volumului al treilea dintr-o serie de amintiri, dupa ce, despre primele doua, minti competente s-au pronuntat ca nu se remarca decît prin duhoarea de votca si de sex pe care o emana. Cum sa nu fie publicate, pe cheltuiala statului român, memoriile acestea cînd ele sînt rodul unei batrîne doamne sosite de peste ocean si despre care ni se dau asigurari ca ar fi fost cîndva scriitoare?!
Asadar, la dracul cu manuscrisele lui Emil Cioran, cînd noi avem operele acestei fantome care cam o data pe an descinde din America si ne bîntuie tara pentru a-si lua tainul si a-si tîngui decaderea. Fiindca nu mai e ca pe vremuri cînd dansa în sarabanda stalinistilor. Prin comparatie cu ea, de ce am mai sti de un Cioran, care si-a dus viata lui mizera într-o mansarda pariziana, haituit mereu, ba chiar si postum, pentru vinovatiile sale. Pe cînd filozoful acesta francez de origine româna dadea tîrcoale pe la cantinele studentilor, sau pe la cele ale saracilor, ce mai ghiftuiala pe fantoma de azi, cum mai traia cu ai ei la Pelisor, în palatul regilor, la casele de creatie cu circuit închis, accesibile exclusiv pentru inginerii sufletelor, de la munte la mare si de la mare la munte. Ce sume colosale încasau ei pe maculatura lor ignobila, în ce fantastice vile burgheze locuiau, cum înconjurau ei globul pamîntesc, din congres mondial în congres, vajnici luptatori împotriva imperialismului, omagiati, decorati, rasplatiti cu premii nationale si internationale, ridicati în slavi. Si în vremea aceasta, în Parisul tuturor deznadejdilor si al exilului definitiv, un Mircea Eliade îsi stîmpara foamea cu banutii adunati din vînzarea palarioarelor pe care le manufactura fiica decedatei sale prime sotii. Iar Vintila Horia culegea fructe salbatice, împreuna cu sotia sa, prin padurile din nordul Italiei, pentru a se hrani cît de cît si ei. În contrast cu acestea îmi amintesc cum, pe vremuri, poetul Ben. Corlaciu îmi spunea ca întîlnindu-l pe strada Zaharia Stancu si aflînd ca s-a îmbolnavit grav de tuberculoza, acesta, în gratiile puterii comuniste fiind, interveni la oficialitati si obtinu pentru poet favoarea unei sederi de doua saptamîni la casa de creatie de la Sinaia, de unde se întorsese cu doua imagini care nu-l mai paraseau, urmarindu-l ca într-un cosmar. Vazuse scriitorii partidului cum jucau fotbal cu uriase portocale prin salile mari ale palatului regal. Aceasta în vremea de imediat de dupa foametea din Moldova, pe cînd în tara înca se mai murea cumplit de inanitie. Si nu-l mai parasea stupoarea ce îl cuprinsese cînd, întrebînd de ce ei, scriitorii comunisti, dupa ce deschid un recipient cu cafea solubila si iau din el lingurita de cafea de care aveau nevoie, arunca apoi respectivul recipient dimpreuna cu toata cafeaua pe care o mai continea, iar acestia i-au explicat ca numai la deschidere, prima lingurita are o aroma puternica, încît era normal ca restul sa fie aruncat la gunoi. Aceasta într-o vreme în care în România cafeaua lipsea cu desavîrsire, complet prohibita. Despre portocale ce sa mai vorbim!
Dar în timpul în care ei benchetuiau într-un continuu ospat sardanapalic si în depravare, nu doar cei din exil o duceau cum nu se poate mai rau, ci si cei din tara, multi intelectuali, si nu numai prada privatiunilor materiale, ci îndeosebi coplesiti de cele mai atroce umilinte. Iar afirmatia aceasta nu-i are în vedere pe cei din închisori, cazuri prea de tot elocvente pentru demonstratia din aceste rînduri. Sa ne închipuim, pentru o clipa, ce va fi fost în sufletul marelui Ion Barbu, pe cînd era înghesuit între Oscar Lemnaru care îi ceruse îndata dupa 23 august 1944 punerea la zid si împuscarea, iar acum trebuia sa fie curtenitor cu el, sa-i faca daruri, sa-i ofere dedicatii, pe de-o parte, iar pe de alta parte – comisarul politruc Crohmalniceanu, caruia îi cucerea îngaduinta spovedindu-i-se ca, în semn de penitenta pentru ca ar fi contestat cîndva geniul matematic al evreilor, a învatat alfabetul ebraic si foloseste exclusiv literele acestuia acolo unde de obicei sînt întrebuintate literele eline sau cele latine.
Ce au facut comunistii oamenilor de cultura, intelectualilor, vreau sa exemplific prin cîteva detalii ale sfîrsitului profesorului Dragos Protopopescu, doctor în anglistica de la universitatea din Paris, seful catedrei de engleza la universitatea din Bucuresti, traducatorul lui Shakespeare, întîiul, adevaratul traducator al acestuia în limba noastra, multi altii vor veni pe urmele sale sa-i maimutareasca munca, dupa ce altcineva a facut întîia traducere, e usor apoi sa pasesti pe urmele lui si sa versifici. Si a mai lasat publicata, la Editura Fundatiilor regale, într-un substantial volum: Fenomenul englez , si cea mai de seama prezentare a culturii engleze în limba româna. Iata sfîrsitul lui descris, de departe, de Mircea Eliade, care spune: „...Dragos Protopopescu, muritor de foame, zvîrlit în strada cu dasaga lui de manuscrise, si-a pus capat zilelor. „Epurat” de mai multe ori, tolerat un timp ca sa poata fi umilit mai cumplit cîteva luni în urma, a supravietuit pîna mai deunazi din mila cîtorva si, mai ales, din vînzarea hainelor si a ultimelor carti ale bibliotecii sale. /.../ Multa vreme a locuit într-o odaita a Facultatii de Litere si a mîncat la o cantina studenteasca. Dar si aceste ultime privilegii de carturar i-au fost interzise. /.../ În pragul celei din urma abjectii, înainte de a se lasa sa moara pe strada, înainte de a întinde mîna fostilor lui elevi si colegi, Dragos Protopopescu s-a hotarît sa înfrunte cel mai mare pacat de care se poate face vinovat un crestin, pacatul împotriva nadejdii... si s-a sinucis!”
Dar, de acolo din exil, de unde scria aceste cuvinte, Mircea Eliade nu avea cum sa stie detaliile cumplitei sinucideri a profesorului universitar Dragos Protopopescu. Nu avea cum sa le stie, ori poate daca le-a stiut s-a sfiit sa le puna pe hîrtie, într-atît erau de îngrozitoare. Abia doar un copil, am aflat cum s-a sfîrsit marele anglist de la profesorul meu, de numai cîteva zile, Anton Crisan. În scurta pauza dintre doua puscarii, acesta suplinea cu ora pe la liceele din Cluj, la limba si literatura româna, dar si la elina, latina, engleza, franceza, germana. Cum se spune, ne-am înteles dintr-o privire si a acceptat sa ma apropii de el si astfel mi-a vorbit despre multe dintre personalitatile culturii noastre, pe atunci aspru prohibite, si printre multi altii si despre profesorul de engleza din Bucuresti, descriindu-mi felul cum acesta s-a sinucis. Dupa ce a iesit din închisoare pentru ultima oara, prin amnistia din anii 1962-1964, Anton Crisan avea sa moara dupa doar cîteva zile, într-atît îl distrusese detentia. Cineva m-a luat de mîna si m-a dus la locuinta Parintelui Chindris, din centrul Clujului, unde agoniza profesorul meu. Am fost atît de izbit de toata atmosfera acelei chilii în care îsi sfîrsea zilele Anton Crisan încît am încremenit în mine însumi, incapabil sa fac singurul lucru ce se cuvenea: sa cad în genunchi si sa-i sarut mîinile. Voi regreta pîna în moarte ca nu am facut aceasta, însa nici nu voi tacea cu privire la ceea ce stiu de la el: profesorul Dragos Protopopescu se întorcea seara tîrziu spre camaruta lui de la mansarda unui bloc si, suspicios, a cercetat din strada cu privirea geamul acesteia si repede a înteles ca cineva îi patrunsese cu forta în casa si-l astepta. Banui ca nu putea fi altcineva decît securitatea, a vazut apoi cum strada fusese blocata la cele doua capete ale ei de securistii care se îndreptau spre el, a intrat în holul blocului si a chemat ascensorul si pe cînd acesta începu sa coboare spre parter si pe treptele dintre etaje se auzeau tropaind cizmele altor securisti, deschise usa, si asezîndu-se în genunchi, îsi puse capul pe marginea tunelului prin care cobora liftul care ajuns la parter îi reteza profesorului capatîna, ca o ghilotina.
Banuiesc ca atari scene tari nu se gasesc în cartile de memorii ale fantomei venite de peste ocean, dar cu ocazia proximei sale vizite în tara, ea ar trebui sa fie dusa de la aeroport nu la institutul cultural, nici plimbata pe ecranele televiziunilor ca niste sfinte moaste, ci urcata într-o duba a politiei si debarcata direct în bratele procuraturii penale, pentru a fi cercetata, pentru a da explicatii, daca nu despre altceva atunci macar despre complicitatea ei la asasinarea celebrului jurist Istrate Micescu. Punctul de plecare în baza caruia cer procuraturii române sa se autosesizeze din oficiu îl reprezinta relatarea doamnei Any Bentoiu din admirabila carte a domniei sale, în care evocîndu-si adolescenta si tineretea relateaza cum întemnitarea lui Istrate Micescu a fost precedata, ca pentru a-i oferi o motivatie, de un act huliganic înfaptuit de niste insi care au navalit în sala în care profesorul îsi tinea cursul si, în fata studentilor sai, l-au agresat verbal, pregatindu-i astfel arestarea. Distinsa doamna Any Bentoiu nu lasa loc pentru nici un echivoc, ci rememorînd scena de pe cînd domnia sa, fiind una dintre studentele marelui jurist, se afla acolo, la locul crimei, consemneaza peste ani recunoasterea din partea fantomei de azi ca ea a facut parte din acel grup care a colaborat la arestarea, echivalenta cu un asasinat, a batrînului jurist care avea sa nu se mai întoarca din temnita în care l-au azvîrlit atunci comunistii.
Spun toate acestea avînd în minte, pe lînga atîtea altele, si reabilitarea juridica a generalului Pacepa. Spre deosebire de alti români, cred ca el ar trebui cercetat, daca lucrul ar fi cu putinta, pentru raul pe care l-a facut în lunga lui cariera de securist, eventual pedepsit pentru ceea ce a facut, dar îndata apoi trebuie sa-i fie recunoscut meritul de a fi dat, prin defectiunea sa, o puternica lovitura comunismului, sa fie rasplatit cum se cuvine, eventual chiar decorat. Dar daca lui i se aplica acest tratament, cu cît mai mult trebuie sa le fie recunoscute meritele acelora care nu s-au facut vinovati de fapte reprobabile, ci doar au spus un NU hotarît, chiar daca adesea anemic, sistemului debarcat din tancurile sovietice. Acesta este si cazul lui Istrate Micescu!
Din cîte stiu, prin interventia corpului profesional al juristilor de azi, care a deschis o actiune în instanta, Istrate Micescu a fost reabilitat, condamnarea lui a fost anulata. Dar aceasta nu este suficient! Fiindca, pornind de la marturia nesperata a doamnei Any Bentoiu, trebuie întreprinse cercetari, cu atît mai mult cu cît huliganismul politic din aula facultatii de drept nu a fost întîmplator, ci mai degraba el este tipic pentru cum au actionat atunci, cînd au venit la putere în România, revolutionarii comunisti. În cazul acesta al lui Istrate Micescu, întrucît îndata dupa arestare, din casa lui, vecina cu Cismigiul, au fost scoase cartile profesorului si în parc s-a facut cu ele un rug urias, trebuie sa ne întrebam daca printre atîtatorii flacarilor care devorau cartile vor fi fost, oare, si cei care l-au atacat pe profesor în sala de curs, umilindu-l în fata studentilor sai? Ori poate erau numai niste români analfabeti, dintre aceia dintre care se gasesc destui gata sa se implice în treburi netrebnice, iar agitatorii comunisti, printre ei si autoarea de azi, doar îi manevrau din umbra?
Consider ca sînt foarte importante toate aceste detalii, iar autoritatile judiciare ar trebui sa profite cît mai este abordabila aceasta bîntuitoare fantoma si sa culeaga de la ea informatii, pentru a putea reconstitui chiar structurile în care au fost atît de bine organizati acesti agenti ai ocupatiei bolsevice. În acest sens, îmi amintesc cum îndata dupa evenimentele din 1989, principala publicatie literara de la Bucuresti, ca pentru a-si demonstra eliberarea de sub rigorile cenzurii comuniste, îsi ilustra un numar al sau cu desenele lui Jules Perahim. În ceea ce ma priveste, acele desene mi-au adus în minte ziua în care, în Germania fiind si ajuns în orasul Essen, aflînd ca teatrul principal al orasului îl are drept diriguitor pe un important regizor care, pîna la a emigra în Occident, se bucurase de prestigiu la noi în tara, m-am dus la un spectacol si am avut surpriza ca scenografia sa fie opera tocmai a acelui Jules Perahim. În caietul program al spectacolului i se facea o prezentare biografica scenografului, fiindu-i înregistrate un numar de manifestari artistice, de pe toate meridianele. Surpriza o reprezenta faptul ca din aceasta biografie artistica fusese decupata orice referire la spatiul românesc, direct material sau doar spiritual. Si cît ne mai mîndrim noi cu realizarile artistice ale tovarasului Perahim! În timp ce lui nu-i vine la îndemîna sa-si rememoreze sederea în tara noastra, poate pentru ca imaginea despre sine în România coincide cu aceea a batrînilor care l-au cunoscut pe cînd a debarcat din tancurile sovietice, în uniforma, avînd grad militar si pistol la brîu, luîndu-si în primire calitatea de comisar al artelor în tara de ocupatie. Cine stie cîte dintre crimele misterioase întîmplate în lumea artelor plastice din acel timp vor fi fost legate de acel pistol?!
Asadar, detaliile acestea, dovezi ale complicitatii la crime, trebuie cercetate cu atentie, întrucît ceea ce i s-a întîmplat lui Istrate Micescu în sala de curs, în preziua arestarii, ca o motivatie a acesteia, li s-a întîmplat si altora, precum Tudor Vianu, Lucian Blaga, Alice Voinescu. Dar terenul acesta este imens, iar noi avem ticalosia de a nu sti despre cei umiliti aproape nimic. Cine mai stie, cu adevarat, ceva despre Dragos Protopopescu, despre care trebuie totusi recunoscut ca Dan Grigorescu, învatatul profesor universitar de azi, a publicat un studiu de remarcabila eruditie, dar fara ecoul pe care l-ar fi meritat. Ca sa vedem cît de tipic este comportamentul acesta revolutionar aplicat juristului Istrate Micescu, sa amintesc cum am asistat pe vremuri, la restaurantul scriitorilor, la o scena în care poetul Tudor George îl acuza direct, în fata, pe N. Tertulian (bineînteles ca Tertulian, ca doar sfîntului Tertulian i se atribuie afirmatia: credo quia absurdum ), deci îl acuza ca acesta l-ar fi torturat pe marele Tudor Vianu, în timpul cursurilor, strigîndu-i ca este reactionar si ca nu are ce cauta la universitate. Profesorul a scapat de arestare, dar a fost smuls de la catedra lui de estetica, pe care o înaltase pîna la un adevarat prestigiu european. Se stie ca, pe vremea scurtei guvernari legionare, Tudor Vianu a trecut printr-o vie, puternica emotie, întrucît noua conducere a universitatii bucurestene a sugerat ca el ar trebui dat afara de la catedra sa. Însa, cît erau ei, legionarii, de apucati si de nedrepti, bunul simt i-a oprit de la un atac direct la profesor, si au vorbit doar prin perifraze, aluziv, ca adica ar exista unul, care e probabil evreu, însa crestinat, si care de o vesnicie doar el preda estetica, cînd ar exista destui altii, cel putin tot atît de bine pregatiti si pe deasupra români pur-sînge, de la Decebal si de la Traian. Tudor Vianu a traversat atunci o frica grozava, dar legionarii nu au depasit acest stadiu verbal, iar catedra profesorului a ramas în posesia sa. Noii revolutionari, cei de stînga, nu au mai avut atari inhibitii, iar un N. Tertulian l-a atacat pe profesor în chip nemilos, cu consecinta scoaterii sale de la catedra de estetica, pe care o onorase într-atît de glorios, scriind în calitatea sa de sef al ei cel mai amplu si de nivel european tratat universitar de estetica, cum nu mai avem altul în limba româna. Transferat apoi la o recent creata catedra de literatura universala, tovarasii comunisti nu au renuntat la a face un infern din viata profesorului Vianu obligîndu-l sa frecventeze, alaturi de membrii tineri ai catedrei sale, cursuri la care sa învete limba rusa. Cînd mai apoi s-a ajuns la un examen care sa stabileasca nivelul atins de cursanti în deprinderea respectivei limbi a ocupantului tarii, diriguitorii din umbra au aranjat astfel lucrurile încît o comisie de la ministerul învatamîntului a intrat în sala sa asiste la examinare tocmai în momentul în care i-a venit rîndul, sa fie examinat, lui Tudor Vianu. Marelui învatat, care se descurca cu competenta europeana în principalele literaturi ale lumii, din antichitate pîna la contemporani, parcurgînd în original capodoperele literaturii universale, i se dovedi prea putin accesibila limba lui Puskin, iar examinarea sa nu doar ca a fost un fiasco, dar a ocazionat politrucilor o adevarata desfasurare de sadism. Pe sub cumplite furci caudine, înaltate în fata lui de tovarasii comunisti, a fost obligat sa treaca Tudor Vianu, pîna cînd, neavînd încotro, s-a înscris si el în partid. Nu vad nici o vinovatie în fapta aceasta a profesorului. Dictatura ameninta sa se eternizeze, vestul intelectual era si el contaminat, si înca benevol, iar la atîtea presiuni umilitoare poti rezista o zi, poate un an, chiar o viata, însa nu o vesnicie. Pentru cei care s-au sfîrsit înainte de caderea comunismului, durata acestuia este echivalenta cu vesnicia, si ei trebuie judecati dupa alte norme morale, mai îngaduitoare.
Un calvar similar a avut de traversat, ca profesor universitar, si Lucian Blaga, ajuns în situatia de a se lovi de obtuzitatea unui Al. Rosca, sau de ticalosia unui Pavel Apostol (neaparat Pavel si neaparat Apostol!), dat afara din învatamînt, pus în subordinea unui tîmplar, cocotat acesta la directia bibliotecii universitare din Cluj. Pe de alta parte, poetul a avut de înfruntat si presiunea pe care o exercita asupra sa regimul prin intermediul ginerelui sau, comunist ilegalist, presiune în urma careia el ajunge în situatia de a accepta, doar ca o ipoteza, sa faca reportaje pe santierele pe care se construiau hidrocentrale. Numai moartea l-a eliberat pe Lucian Blaga de cine stie ce situatii de feroce umilinta.
Însa cazul exemplar, superlativ, în desfasurarea caruia regasim o similara ceata de huligani comunisti care agreseaza un profesor universitar în preambulul arestarii lui, precum s-a întîmplat cu evocatul Istrate Micescu, este acela al profesoarei Alice Voinescu, o figura a culturii nationale de o puritate si de o elevatie pe lînga care fantoma româno-americana, memorialista de azi, nu este decît nimicul, nimicul absolut si definitiv. Profesoara la Conservatorul de arta dramatica, aceasta facuse studii temeinice la Paris si îsi luase un doctorat în Germania cu unul dintre cei mai prestigiosi filozofi ai acelui timp, avînd apoi acces într-un cerc de intelectuali occidentali de prim rang, alaturi de care participa si ea la faimoasele decade de la Pontigny, din Franta. Doi insi de cea mai josnica speta, versificatori incontinenti ai propagandei comuniste, au orchestrat scandalul din sala de curs care a avut drept consecinta demiterea ei din învatamînt si apoi arestarea, în fapt un adevarat asasinat, în sensul cel mai propriu al termenului. Din umbra a tras sforile un anume Marcel Breslasu, care va fi beneficiarul respectivei demiteri întrucît, cu toata flagranta lui insuficienta, îi va lua profesoarei locul la catedra, iar în mod direct, dirijînd pe fata scenele huliganice, s-a agitat Dan Desliu, unul dintre cei mai zgomotosi stalinisti români din epoca, care, cu acest asasinat politic pe constiinta, spre sfîrsitul vietii, a avut fatuitatea sa pozeze în luptator împotriva dictaturii. Cînd de fapt, pe el, ca si pe atîtia altii care, spre deosebire de el, au ales calea exilului, nu totalitarismul îl deranja, nu comunismul, ci doar derapajul ceausist în directia unui nationalism anemic si distorsionat. Ei!, daca am fi ramas în stalinismul debarcat din tancurile Moscovei, atunci totul ar fi fost în ordine.
Au fost vremuri cumplite, fara îndoiala, dar tocmai în atari vremuri ies la iveala caracterele. În ceea ce o priveste pe profesoara Alice Voinescu, grav bolnava de inima în momentul în care a fost arestata, un grup de intelectuali i-a sarit în ajutor redactînd memorii catre autoritati, carora le cereau clementa pentru batrîna profesoara, straduindu-se sa o disculpe. Într-o împrejurare ca aceasta s-a vazut putinatatea morala a lui Camil Petrescu, autorul unui memoriu derizoriu, în timp ce mereu exemplarul Tudor Vianu redacteaza o fulminanta aparare a colegei sale de sacerdotiu profesoral, el însusi aflat în primejdie si totusi ridicîndu-se ca un cavaler legendar, luptînd sa-i salveze viata. Pentru a dezvalui cît mai deplin caracterul marmoreean al profesorului de estetica, cercetarile din viitor au a lamuri si informatiile, deocamdata venite doar pe cale orala, de la martorii din epoca, cum ca profesorul a aparut în unele procese politice ca martor al apararii unor legionari, care, la vremea lor, nu s-au comportat fata de el chiar impecabil, însa cînd ei au fost la pamînt acesta s-a dus alaturi de ei întinzîndu-le o mîna. Este cazul lui Traian Herseni, caruia Tudor Vianu i-a fost martor în aparare la proces. Sau cazul lui Petre Tutea, cînd, împreuna cu Mihail Ralea, Tudor Vianu a semnat un memoriu prin care se cerea eliberarea lui din închisoare. Vorbind despre colaborationistii cu dictatura comunista, trebuie sa-i deosebim pe cei care au facut binele, mult bine, de cei care au facut mult rau.
Cît despre licitatia cu manuscrisele lui Emil Cioran, despre care pomeneam la începutul acestui text, am nutrit speranta ca se va gasi în tot Parisul vreun tînar patriot român care sa stea acolo, în sala licitatiei, si daca îsi va face aparitia vreun reprezentant al statului român sa-i dea cu o nuia peste mîini. Cu ce l-am ajutat noi, românii, pe acest Cioran, în toata viata lui, încît sa avem acum dreptul sa ne interesam de scrierile sale? Banii românesti trebuie întrebuintati doar pentru a hrani paducheria comunista care, din tara sau de peste hotare, profita mereu, cum a fost obisnuita înca de pe vremea stalinismului. Cînd fondurile pentru cultura sînt din ce în ce mai mici, ele sînt întrebuintate tot pentru a tipari cartile unor stalinisti, dovedindu-se astfel ca România a ramas, cel putin din acest punct de vedere, înca în anul 1950. Nu!, Emil Cioran sa ramîna definitiv la Paris. Nu am avut nevoie de el si nici nu vom avea vreodata. Pentru noi sînt preferabile productele fantomei care bîntuie periodic prin România.

Transilvania Satu Mare 1946

CER EXTRADAREA DIN ISRAEL sau de unde se află, PENTRU CRIME CONTRA UMANITĂȚII ȘI TORTURĂ, a lui Ludovic Weiss (n. 1912), membru în PCR din 1945, şeful Siguranţei şi apoi al Securităţii din Satu Mare (1948-1953), ajuns până la gradul de locotenent colonel. Proces public în România.
Dan Culcer

Legiunea Jandarmi Satu Mare
NOTĂ INFORMATIVĂ
Nr. 132 din 4 februarie 1946
Suntem informati că în noaptea de 30/31 ianuarie şi 1 februarie a.c., tineretul român ce simpatizează Partidul Naţional Ţărănesc (Iuliu Maniu) a făcut pe zidurile clădirilor din comuna Seini semnul partidului şi a scris să "Trăiască Maniu".
Evreii şi comuniştii l-au şters şi au scris "Trăiască guvernul, jos cu Maniu".
În seara zilei de 20 ianuarie 1946, evreul Ungar, de profesie măcelar, l-a bătut pe locuitorul Vida Gheorghe pe motivul că simpatizează partidul lui Iuliu Maniu şi că ar fi făcut semnul roată pe ziduri. Cel în cauză n-a ripostat, însă i-a atras atenţia că au să se socotească mai târziu.
Populaţia română, în special tineretul, agitată pe această temă, în seara de 1 februarie a.c., orele 21-22, când se întorceau de la şcoală, unde învăţau cântece bisericeşti, s-au întâlnit în piaţă cu înv. dir. Pătraşcu Alexandru şi cu alţii ce ieşeau din cârciuma lui Dragoş Vasile şi Tiprec Petru, unul din grup a strigat "J os cu jidanii", "Trăiască Roata", apoi au întâlnit pe secretarul Partidului Comunist din Seini, anume Chereji, care avea asupra sa o armă de vânătoare. Înv. dir. Pătraşcu i-a cerut socoteală cu ce drept poartă arma, în care timp unii dintre tineri au tăbărât asupra lui Chereji, pe care l-au trântit la pământ şi bătut cu pumnii, în care timp a sosit şi o patrulă de jandarmi care a aplanat conflictul.
Evreii alarmaţi au anunţat poliţia Satu Mare, sosind la faţa locului d-l şef al poliţiei şi d-l Weiss, şeful Bir. de Siguranţă[1], care au voit să reţină pe înv. dir. Pătraşcu, Bala Gheorghe şi Vida Gheorghe şi să-i ducă la Satu Mare, însă nu au fost reţinuţi de numiţii, ci cazul a fost cercetat de şeful postului jandarmi Seini, iar dosarul cu actele dresate a fost înaintat Parchetului Tribunalului Satu Mare cu nr. 133 din 4 februarie 1946.
Spiritele populaţiei române sunt foarte agitate pentru faptul că evreii nu au încredere în ancheta făcută de jandarmii români, aducând anchetatori străini de localitate.
Rugăm a se da ordin Poliţiei Satu Mare să nu se mai amestece în atribuţiile jandarmeriei, pe teritoriul rural, întrucât delegaţia ce le-a fost dată de Ministerul Afacerilor Interne a expirat la 1 ianuarie 1946, iar pe de altă parte Jandarmeria îşi face datoria fără părtinire şi în cea mai perfectă legalitate.
Informaţie sigură.
Comandantul Legiunii Jandarmi Satu Mare Căpitan Constantin V. Popa
Raportat: Inspect. G-l al Jandarmeriei, Inspect. Jandarmi Oradea, Prefectura Judeţului Satu Mare.
(Arh.St.Bucureşti, Inspectoratul General de Jandarmerie, dos. 64/1945, /239)
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[1] Ludovic Weiss (n. 1912), membru în PCR din 1945, şeful Siguranţei şi apoi al Securităţii din Satu Mare (1948-1953), ajuns până la gradul de locotenent colonel. Ca şi în cazul de mai sus, în 1948 s-a mai ocupat de anchetarea unui grup de liceeni din Baia Mare, practicând tortura. A fost numit ca anchetator al lotului .Pătrăşcanu", iar ca răsplată pentru rezultatele obţinute în dovedirea complotului antistatal a fost decorat cu ordinul "Steaua RPR", cl. IV. După reabilitarea lui Lucreţiu Pătrăşcanu ar fi emigrat în Israel (cf. Doina Jela, Lexiconul negru. Unelte ale represiunii comuniste, Bucureşti, Edit. Humanitas, 2001, p.306-307).

Eliana POPA. Un pamflet muzical

https://www.youtube.com/watch?v=ruvZnxVKTRg&list=RDruvZnxVKTRg&start_radio=1 28 465 vues 28 déc. 2025 Acesta este un PAMFLET și...