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Radu Rosetti La Roumanie et les Juifs (1903)


Radu Rosetti
La Roumanie et les Juifs (1903)

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Chapitre III. Action économique des Juifs en Roumanie jusqu'en 1859



TABLEAU XXXVII Composition des corporations des villes de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Bacău, Tirgul-Ocnei, Focsani, Bêrlad, Vasluĭ, Husi, Fălciu et Iaşĭ en 1831
TABLEAU XXXVIII Accroissement du nombre des commerçants et artisans juifs à Iassy de 1831 à 1860.



État économique de la Moldavie avant 1828.
Voici le tableau que trace de l'état économique de la Moldavie avant la paix d'Andrinople, un homme qui avait pris une large part à la réorganisation de la Principauté.
„Des hospodars éphémères, étrangers au pays, rouissant d'un pouvoir presque absolu, venaient à tour de rôle y exercer un régime empreint de l'incurie et de la rapacité de tout gouvernement mal assuré. Le renouvellement consécutif des causes judiciaires, l'absence de toute formalité dans les procédures, enlevait toute garantie à la propriété : les impôts étaient uniformes et vexatoires, les corvées illimitées dépendaient du bon vouloir du plus infime administrateur ; le régime féodal et les immunités des classes privilégiées venaient aggraver encore le sort du contribuable qui, accablé sous le poids des redevances et des réquisitions du gouvernement, des exigences des propriétaires, des avanies des troupes indisciplinées qui occupaient les forteresses du Danube, des exactions du dernier employé, succombait dans la misère, privé de tout élément de bien être.
Sous de pareils auspices, le développement du commerce devenait impossible.
Les provinces du Danube étaient qualifiées de grenier de la Porte. Elles lui fournissaient du bois de construction, du blé et des brebis à des prix fixés d'avance ; moyennant ces taux arrêtés, des commissaires pourvoyeurs parcouraient le pays et s'emparaient des produits qu'ils trouvaient à leur convenance. Aussi l'agriculture était-elle languissante, l'industrie nulle et le commerce d'exportation fort restreint.” [101
Ce tableau n'est nullement chargé : il est en complet accord avec les autres renseignements de l'époque. Le peuple, plongé dans la misère, ne cultivait que juste ce qu'il lui fallait de céréales pour ne pas mourir de faim, n'élevait de bestiaux que le nombre absolument nécessaire à ce semblant d'agriculture.
Il avait fini par acquérir la conviction que le moyen le plus sûr d'échapper aux rapines et aux mauvais traitements de ses oppresseurs était de ne rien posséder qui put tenter leur cupidité.
La boyarie, peu nombreuse, était presque entièrement composée d'hommes sans culture, n'ayant d'autre aspiration que celle de faire fortune, d'autre ambition que celle d'arriver à un rang élevé ; riches en terres, en esclaves, en bestiaux mais pauvres en argent comptant.
La vie matérielle ne leur coûtait rien ; les produits de leurs terres suffisaient amplement à la satisfaire. Leurs haras défrayaient le luxe de leurs attelages, à-peu-près le seul dont ils eussent connaissance. Leur mobilier, des plus rudimentaires, était en grande partie l'œuvre de leurs esclaves. Ils ne dépensaient, en général, que pour l'achat de leurs vêtements et ceux de leurs femmes, dispendieux à la vérité, mais se léguant de génération en génération.
De classe moyenne point.
On comprend aisément que, dans ces circonstances, le commerce et l'industrie ne pouvaient exister qu'à un état tout-à-fait rudimentaire, le peuple n'ayant point de besoins et ceux de la boyarie étant des plus restreints.
Les commerçants et les artisans, peu nombreux, étaient répartis en corporations possédant la même organisation que celles des pays de l'Europe occidentale.
La classe commerçante et industrielle était, en majorité, roumaine.
Les chrétiens formaient la presque totalité des artisans, ainsi que l'immense majorité des petits négociants, mais les maisons de commerce plus importantes appartenaient, pour une proportion considérable, à des Grecs, des Arméniens, des Bulgares et aussi à des Juifs.
Les Roumains ne travaillaient guère qu'avec leur propre capital et ce capital étant très restreint, leur négoce s'en ressentait.
Les Grecs et les Arméniens avaient des crédits ouverts dans des banques grecques et arméniennes de Constantinople ; les Juifs tiraient de l'argent de Lemberg, de Cracovie et même de Leipzig.
Les négociants chrétiens à Iassy en 1792 étaient cinq fois plus nombreux que les Juifs.
Nous avons vu dans le premier chapitre de ce travail, comment les négociants juifs qui se trouvaient établis en nombre infime à Iassy en 1763, avaient vu leur nombre augmenter depuis, qu'ils y avaient quadruplé de 1786 à 1792 et, qu'en cette dernière année leur contribution s'élevait à 22,5 % de celle payée par les commerçants chrétiens de la Capitale. [102
Si la proportion des commerçants et des artisans juifs augmenta constamment de 1798 à 1828, la grande majorité de ces deux classes n'en restait pas moins chrétienne. Les Juifs, très nombreux dans les villes de la Haute-Moldavie, l'étaient beaucoup moins dans celles du centre et commençaient à peine à faire leur apparition dans celles de la Basse-Moldavie.
Le changement opéré dans la situation économique des Principautés par le traité d'Andrinople fut un véritable changement à vue.
Le traité d'Andrinople rend aux Principautés la liberté de commerce
Une des stipulations de l'acte séparé de ce traité rendait aux Principautés la liberté de commerce arbitrairement supprimée par la Porte.
À partir de ce moment, elles étaient libres de vendre les produits de leur sol au mieux de leurs intérêts et à qui il leur conviendrait : la navigation du Danube devenait libre de toute entrave et de toute vexation de la part des autorités turques.
L'ère de prospérité qui s'ouvrait devait avoir pour conséquence la formation d'une classe moyenne.
Un avenir de prospérité inouïe s'ouvrait pour ces pays. La culture de leur sol si fertile, encore vierge et qu'il suffisait de gratter pour lui faire donner les récoltes les plus riches, l'exploitation d'une infinité de produits jusqu'alors sans valeur, allaient amener un vrai fleuve d'or. Les terres allaient rapidement doubler, quadrupler, décupler de valeur.
Le paysan, soumis à un régime moins arbitraire, étant plus sûr du lendemain allait pouvoir prendre goût à un travail dont il lui serait, enfin, donné de goûter les fruits.
Les boyards allaient voir leur revenu décupler, et étant mis en contact avec la civilisation de l'Occident, séduits par elle, abandonner le vieux costume, le vieux mobilier, le vieux genre de vie pour les remplacer par ceux en usage chez la noblesse des autres pays.
La nouvelle organisation, enfin, devait nécessairement donner naissance à cette classe moyenne dont le défaut se faisait tellement sentir et qui ne manquerait pas, elle aussi, de se modeler sur l'Occident.
Si, en ce moment, il n'y avait pas eu trace d'une classe commerciale et industrielle, ces circonstances exceptionnelles devaient nécessairement lui donner naissance.
Les occasions de s'enrichir promptement et facilement s'offraient trop insolemment pour ne pas donner naissance à l'esprit de spéculation. Il y avait trop de choses à acheter et à vendre à des profits énormes pour ne pas éveiller l'esprit de lucre qui existe en presque tout être humain.
Transformation complète que subissent les Principautés.
La transformation de l'habillement entier, depuis le linge jusqu'à la coiffure, celle du mobilier jusqu'au dernier ustensile de cuisine, la transformation successive de tout l'outillage agricole appelaient vers les métiers une nuée de travailleurs auxquels elles assuraient, pour de longues années, un travail des plus rémunérateurs.
Tout faisait prévoir qu'un magnifique avenir économique s'ouvrait aux Roumains.
Les Juifs comprenant les bénéfices énormes qu'il y avait à réaliser dans ce pays neuf, s'y précipitent et s'emparent des positions économiques.
Il fut beau, en effet, le commerce extérieur de la Moldavie, presque nul avant 1828, s'élevait à 58 366 000 lei eu 1839 [103] et, à 210 000 000 de lei en 1855 [104].
Malheureusement, en Moldavie surtout, ce ne furent pas les Roumains mais les Juifs qui profitèrent de ce magnifique essor.
Il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre l'occasion sans pareille qui se présentait.
Dans l'organisme de la nation roumaine il y avait un vide béant. Ce vide, si on n'y prenait garde, allait se remplir de lui même par le travail naturel des tissus. Mais l'endroit où se trouvait le vide était celui où devaient affluer les sucs les plus précieux de l'organisme : les Juifs accoururent de toutes parts et comblèrent le vide.
En moins de dix ans le pays se trouvait possesseur d'une classe commerciale et industrielle nombreuse, sagace et active mais… elle n'était pas roumaine.
La place précieuse était prise, sans coup férir, presque sans lutte, les Roumains de Moldavie étaient. sous le rapport économique, assujettis aux Juifs qui venaient d'émigrer de la Pologne russe et de la Galicie et qui ne parlaient pas encore la langue du pays.
Prétendue incapacité des Roumains pour le commerce et l'industrie.
Je sais bien qu'on m'objectera que la faute en est aux Roumains : qu'ils n'avaient qu'à ne pas laisser les Juifs prendre la place, que les Roumains n'ont jamais voulu travailler autre chose que la terre et qu'ils ont montré de l'inaptitude pour le commerce et les métiers.
Un peuple devient commerçant sous l'influence du milieu et des circonstances politiques.
Ces reproches ne me paraissent pas fondés. Un peuple ne naît point commerçant, ce sont les circonstances politiques dans lesquelles il se développe, combinées avec sa situation géographique qui développent petit à petit ses instincts commerciaux.
Les Juifs qui, aujourd'hui, sont la race commerçante par excellence étaient, au temps où ils formaient un État indépendant, un peuple de pasteurs et d'agriculteurs. Ce n'est qu'après avoir été dispersés de par le monde entier que, les autres professions leur ayant été fermées, ils ont été obligés de se jeter sur le commerce dans lequel ils ont fini par exceller.
Les circonstances dans lesquelles s'était développé le peuple roumain étant peu favorables au commerce qui, ainsi que nous l'avons vu, était réduit à presque rien, il est tout naturel de voir les Roumains ne s'y livrer que par exception et lui préférer l'agriculture qui avait besoin de moins de connaissances et de moins de capital.
Et pourtant les comptes rendus des Finances ainsi que les statistiques du commencement du XIX-e siècle nous montrent dans les villes une classe de négociants indigènes relativement nombreuse. Dans les villes de la Basse-Moldavie : Focsani, Tecucĭ, Bêrlad, Galati, les Juifs ne prirent pied que très lentement, ce terrain leur était, leur est encore aujourd'hui, vivement disputé par les négociants roumains.
C'est que ces villes font partie de la région à proximité du Danube, où le mouvement commercial a été des plus vifs pendant tout le Moyen-Age ; jusqu'à la chute de Constantinople. L'existence d'un État berladien, avant la fondation de la Principauté de Moldavie, est documentalement prouvée.
Les villes de Berlad et de Tecucĭ étaient des centres commerciaux importants, en relations suivies avec les comptoirs vénitiens et génois. L'esprit commercial s'était maintenu dans ces villes, même pendant la période de décadence : les Juifs y trouvèrent des adversaires décidés dont ils n'ont pu, jusqu'à présent, venir complètement à bout.
Il n'y a pas de raison pour croire que, dans des circonstances favorables, le Roumain si admirablement doué sous le rapport des facultés intellectuel les, ne soit apte à faire un très bon commerçant.
Les Roumains de Transylvanie font actuellement preuve de remarquables aptitudes commerciales : on voit chaque jour les Juifs reculer devant eux, aussi bien au delà qu'en deçà des Carpathes.
Les Juifs devaient forcément avoir le dessus dans leur lutte contre le commerce et l'industrie indigènes.
Je ne crois pas, non plus, qu'on soit fondé de reprocher aux Roumains de n'avoir pas su soutenir avec succès la lutte contre les envahisseurs dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Elle se présentait dans des conditions par trop inégales pour eux.
En effet, de leur côté il y avait une classe marchande peu nombreuse, disposant de capitaux minimes, faisant un trafic routinier et restreint, sans crédit à l'étranger et, surtout, ne connaissant pas même le nom des marchandises de l'Occident qui, dorénavant, allaient être demandées dans le pays à l'exclusion presque complète de celles qu'ils étaient accoutumés à débiter jusqu'alors. Ils n'avaient aucune idée des endroits où ces nouvelles marchandises se produisaient, de leur valeur réelle, des différences de qualité. Ils n'avaient aucune relation avec les places de l'Occident.
Et vis-à-vis de cette faible classe de marchands indigènes, un flot de gens rompus aux affaires depuis des siècles, hardis, entreprenants, rapaces, sans scrupules, commerçant nés, connaissant les places de l'étranger, y ayant des parentés, possédant des relations avec les fabricants heureux de trouver d'un même coup, des débouchés nouveaux et des intermédiaires actifs pour écouler leurs produits.
Il est évident que les premiers étaient destinés à disparaître devant les seconds presque sans lutte. La disproportion des forces sur le terrain industriel n'était pas moindre.
D'un côté, des ouvriers habitués à façonner, d'après de vieux procédés, avec de vieux outils, des objets qui, du moins en grande partie, allaient être complètement démodés et remplacés par d'autres dont la fabrication demandait un nouvel apprentissage.
De l'autre, des artisans déjà au fait des procédés nouveaux, se servant d'outils perfectionnés et connaissant à fond la fabrication des objets dont la demande allait devenir journalière. Et, à toutes ces circonstances défavorables aux Roumains, il faut ajouter l'exclusivisme et l'esprit de solidarité des Juifs, facteurs puissants de leur succès.
Il ne faut pas, enfin, oublier qu'en Moldavie, 98 % de la population était illettrée, que bien des commerçants et presque tous les artisans ne connaissaient pas une lettre tandis que tous les Juifs, sans exception, savaient lire, écrire et calculer.
Dans ces conditions, il est, évident que la victoire devait forcément leur rester.
Pénétrés de l'intérêt qu'il y avait pour eux à occuper rapidement les positions économiques de ce pays si riche, si facile à exploiter et habité par un peuple si peu armé pour ce genre de lutte, ils avaient formé une vaste association dont les membres, se prêtaient secours au premier signal, réunissaient tous leurs efforts contre l'ennemi commun : l'indigène !
Exclusivisme des Juifs.
Il n'est pas douteux que si les artisans juifs avaient pris à leur service des apprentis roumains, ceux-ci se seraient rapidement mis au fait des nouveaux métiers et, une fois leur maîtrise obtenue, auraient à leur tour formé de nouveaux artisans.
Or, les Juifs n'étaient pas venus en Moldavie pour y former des artisans roumains mais bien pour accaparer les métiers à leur profit exclusif.
Plainte de la corporation des tailleurs de Jassy en 1833.
Ce fait est illustré d'un manière frappante par la plainte de la corporation des tailleurs de Jassy, transmise au Conseil Administratif en 1838, par le Ministère des Finances.
„Le Département de Finances a référé au Conseil au sujet des plaintes continuelles qu'il reçoit, tant de la part des corporations que de celle du grand prévôt. Les rapports de celui-ci exposent le préjudice qui leur est causé par les sujets étrangers et les Juifs. Ces derniers ayant entrepris tous les genres de commerce et tous les métiers, absorbent la totalité des bénéfices et tirent profit de la faculté qu'ils ont d'exercer ces commerces ainsi que les métiers sans être obligés de prendre leur part des charges établies en faveur des corporations. Ils commencent même à présent à empiéter sur les droits des chrétiens. C'est ainsi que, lorsque les tailleurs chrétiens, voyant leur clientèle disparaître après l'adoption du costume européen, voulurent apprendre la manière de confectionner des habits européens, les Juifs ne voulurent jamais les recevoir dans leurs ateliers. Ce cas est loin d'être le seul de ce genre. Le Ministère des Finances ajoute que si on continue à tolérer cet abus, il n'y aura pas moyen, ainsi que l'assurent les rapports du grand prévôt, d'éviter la ruine complète des corporations qui supportent toutes les charges et dont les contributions rapportent au trésor plus que celles des sujets étrangers et des Juifs réunis. Le Conseil délibérant sur ces faits, a opiné que l'idée de l'établissement d'une nouvelle contribution des Juifs envers le fisc est exclue, toutes leurs impositions étant réglées par la taxe mais, en ce qui concerne les dépendes des corporations, étant donné que chacune d'elles possède une caisse propre, complètement distincte de celle du fisc, il est juste que ceux des Juifs jouissant des avantages assurés aux membres de la corporation, loin d'être exemptés de ces dépenses, soient au contraire, astreints à acquitter au profit de cette corporation des taxes égales à celles des autres membres.” [105
Résolution apposée par Michel Sturdza sur le référé nu Conseil Administratif.
A ce cri d'alarme du corps des métiers indigène, Michel Sturdza trouva bon de répondre par la résolution suivante :
„Vu que les Juifs, en outre de la taxe qu'ils payent au fisc, prélèvent encore sur leur nation une autre contribution servant à l'entretien d'un hôpital (à l'usage des Juifs) ainsi que pour subvenir aux besoins de ceux d'entre eux qui sont indigents, il ne convient pas qu'ils soient astreints à payer des taxes au bénéfice de corporations qui ne sont point de leur race.” [106]
Le Prince dispensait donc les artisans juifs, déjà tellement favorisés par les circonstances, de payer des taxes auxquelles les chrétiens étaient tenus. C'était mettre les envahisseurs dans une situation doublement privilégiée.
Comment qualifier ce coup direct porté aux corps de métiers indigènes par la main de celui auquel, plus qu'à tout autre, incombait le devoir de protéger leurs intérêts, et ceci à un moment où, plus que jamais, ils avaient besoin de soutien et de protection éclairée ?
Ce qu'il importe de constater pour le moment, c'est l'esprit d'exclusivisme des Juifs et le fait, qu'alors comme aujourd'hui, ils formaient dans la nation roumaine une nation à part ayant des intérêts économiques contraires à ceux des Roumains et que, pour défendre ses intérêts économiques à elle, elle faisait une guerre à mort à ceux des indigènes.
Le Gouvernement moldave était incapable de se faire une idée exacte du danger.
Incapacité et impuissance du Gouvernement.
Il comprenait bien qu'il était déjà entré trop de Juifs et que leur nombre continuait à augmenter ; il voyait bien qu'ils nuisaient aux indigènes, mais il ne se rendait pas compte que c'était l'asservissement économique du pays à un élément étranger qui était en voie de s'accomplir et il était, surtout, hors d'état de combiner et de prendre les mesures de défense nécessaires.
Il défendait, sans succès du reste, l'entrée du pays aux Juifs vagabonds mais il autorisait l'entrée des artisans juifs qui tuaient les corps de métiers indigènes. Il voyait tranquillement et même avec satisfaction augmenter le nombre des artisans, sans nullement s'inquiéter du fait que le nombre des étrangers, seul, augmentait pendant que celui des indigènes diminuait à vue d'œil.
Statistique des corporations en 1831 Nombres comparés des Chrétiens et de Juifs.
L'accroissement du nombre des commerçants et des artisans juifs et, parallèlement, la diminution du commerce et des métiers indigènes suivirent une marche rapide.
Les dossiers du recensement de 1831 comprennent des listes de corporations [107], mais elles n'existent, malheureusement, pas pour toutes les villes : celles de Herţa, Piatra, Tîrgul-Niamţu, Roman, Tecucĭ, Galati et Tîrgu-Frumos manquent.
Le tableau suivant nous donne la composition des corporations de marchands et d'artisans existant dans les villes de : Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Bacău, Tîrgul Ocnei, Focsani, Bêrlad, Vasluĭ, Huşi, Fălciu et Iassy.
TABLEAU XXXVII Composition des corporations des villes de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Bacău, Tirgul-Ocnei, Focsani, Bêrlad, Vasluĭ, Husi, Fălciu et Iaşĭ en 1831


TABLEAU XXXVII Composition des corporations des villes de Dorohoĭ, Botoşanĭ, Hîrlau, Fălticenĭ, Bacău, Tirgul-Ocnei, Focsani, Bêrlad, Vasluĭ, Husi, Fălciu et Iaşĭ en 1831


D'après ce tableau, le nombre total des commerçants et des artisans établis, en 1831, dans les douze villes ci-dessus, aurait donc été de 9126, dont 5 784 chrétiens et 3 342 Juifs.
Les chrétiens se subdivisaient en 3 757 Roumains, 487 Arméniens, 633 Gréco-bulgares et 907 étrangers appartenant à des nations diverses.
Les chrétiens seraient donc entrés dans ces corporations pour 63,34 %, les Juifs pour 36,66 %.
Il est bon de rapprocher de ces chiffres le fait qu'en 1786 il n'y avait de corporation de marchands juifs qu'à Iassy, ainsi que nous l'avons constaté au I-er Chapitre de ce livre.
Les données relatives aux corporations des villes de Herţa, Piatra, Tîrgul-Niamţ, Roman, Tecucĭ, Galati, Tîrgul-Frumos n'ont pas pu être retrouvées, mais elles ne sauraient changer la proportion et la rendre favorable aux Juifs. Au contraire, comme à Tecucĭ et à Galati le nombre des Juifs était insignifiant, il est probable que la proportion donnée par le total complet était encore plus en faveur des chrétiens que celle indiquée ci-dessus.
Statistique des patentaires en 1839.
Le tableau donnant le nombre des contribuables urbains et ruraux de la Moldavie pour 1839 [108] contient des données complotes par rapport aux patentaires. Leur nombre total aurait été de 21 636, dont 11 121 chrétiens et 10 415 Juifs. (Chacun de ces deux chiffres comprend les commis et les apprentis).
Les proportions respectives des chrétiens et des Juifs en 1839 aurait donc été, respectivement, de 51,64 et 48,36 pour cent du nombre total des patentaires.
Statistique dés patentaires en 1816.
Le tableau des recouvements pour l'année 1846 [109] montre un total de 30 550 patentaires, dont 14 833 chrétiens et 15 717 Juifs. C'est-à-dire que les chrétiens auraient formé les 48,55 centièmes et les Juifs les 51,45 centièmes du total.
Statistique des patentaires en 1859.
Un extrait du rôle des contribuables pour 1859 [110] nous donne pour les patentaires roumains les chiffres suivants :




Ce qui fait un total général de 16670 patentaires chrétiens.
Le même extrait nous donne un nombre de 16107 contribuables juifs.
En considérant tous ces Juifs comme des patentaires, la proportion respective des chrétiens et des Juifs dans le total de 32777 patentaires, serait donc de 50,86 % pour les premiers et de 49, l4 % pour les seconds.
Les chrétiens auraient donc, dans l'intervalle de 1846 à 1859, regagné une infime portion du terrain perdu entre 1831 et 1838.
Fausseté des chiffres relatifs aux Juifs. Ils étaient beaucoup plus nombreux.
Malheureusement, il n'en est rien et la situation réelle a été tout le temps beaucoup plus désastreuse pour les chrétiens que ne le montrent les chiffres ci-dessus. Justes pour les chrétiens, donnant le nombre exact de leurs patentaires, ils sont bien au dessous de la vérité, quant à celui des commerçants et artisans juifs. Ces chiffres sont fournis par les registres donnant le recouvrement de l'impôt. Or, les Juifs ne payaient pas leurs impôts à l'État individuellement mais collectivement, au moyen d'une taxe sur l'abattage des volailles et de la viande donnée en entreprise. Il est évident, que Juifs et entrepreneurs avaient intérêt à ce que cette taxe fut adjugée au plus bas prix possible. Il est facile de constater que le nombre des Juifs servant à établir le chiffre de la taxe est toujours de beaucoup inférieur à celui donné par les recensements.
Nous avons déjà vu que, tandis que le recensement de 1838 nous donne un chiffre de 17971 chefs de famille juifs établis dans les villes et les bourgs de la Principauté, le registre des encaissements pour 1839 ne nous en montre que 10632 payant l'impôt des patentes.
Pendant que l'extrait du rôle des contribuables pour 1859, dont nous venons de parler, nous donne un nombre de 16107 Juifs payant la taxe, le recensement de 1859 accuse un total de 27401 chefs de famille non soumis à une protection érangère (sans compter les sujets étrangers et ceux exemptés d'impôts. [111
La question qui s'impose ici est la suivante : Que faisaient les chefs de famille juifs, au nombre de 7339 en 1839 et de 11294 en 1859 (sans compter les sujets étrangers), qui ne payaient pas d'impôt ?
A cette question, quiconque a vécu quelques années en Moldavie répondra sans la moindre hésitation qu'ils faisaient le commerce ou exerçaient une profession.
Les Juifs n'ayant jamais cultivé la terre dans ce pays, ne pouvant embrasser alors aucune carrière libérale, ne pouvant occuper aucune fonction, ne devenant pas domestiques, ne pouvaient exister qu'en exerçant un commerce, une spéculation quelconque ou un métier.
D'où il résulte que, tant dans le passé qu'actuellement, il faut considérer tout Juif établi en Roumanie, à très-peu d'exceptions près, soit comme commerçant soit comme artisan.
Donc, aux commerçants et aux artisans chrétiens, au nombre de : 11121 en 1839 et de 16670 en 1859, ce n'est pas le nombre de patentaires juifs fournis par les registres d'encaissements et les rôles qu'il faut opposer, mais bien ceux fournis par les recensements de 1838 et 1859 pour le total des Juifs établis dans la Principauté en cette année.
Statistique des corporations à Iassy. Tableau comparatif.
Les chiffres relatifs à la capitale suivent la même règle, le nombre des contribuables juifs y est toujours inférieur à la réalité. Toutefois la fraude y ayant certainement moins de jeu, les chiffres fournis par les statistiques ayant rapport aux commerçants et artisans juifs de Iassy méritent beaucoup plus de confiance que les autres.
Le tableau suivant [112] nous montre la décroissance de l'élément chrétien et l'accroissement de l'élément juif dans le commerce et l'industrie de la capitale moldave de 1831 à 1860.
TABLEAU XXXVIII Accroissement du nombre des commerçants et artisans juifs à Iassy de 1831 à 1860.


Il résulte de ce tableau que la proportion des Juifs qui, en 1831, formaient les 43 centièmes du commerce et de l'industrie de Iassy, était arrivée à près de 70 % en 1839, à 73 % en 1840 et à 78 % en 1860.
Les chrétiens ont diminué de 57 % en 1831, à 30 % en 1839, à 27 % en 1846 et à 22 % en 1860.
Décadence complète du commerce indigène.
Il faut, de plus, observer que si, en 1831, les Roumains formaient à Iassy aussi bien que dans les autres villes du pays la majorité des commerçants et des artisans chrétiens (à Iassy 1440 Roumains contre 1100 sujets étrangers chrétiens) ils n'en formaient plus qu'une bien moindre partie en 1860.
En effet, sur les 470 commerçants chrétiens, il y n'y a que 149 Roumains contre 321 sujets étrangers ; sur les 1492 artisans chrétiens il n'y en a que 1043 qui soient roumains, 278 étant sujets étrangers et 171 tziganes.
Le nombre total des commerçants et des artisans roumains, en 1860, à Iassy, n'était donc que de 1193 contre 1440 en 1831. Delà où, en cette année, ils formaient les 32,6 centièmes de la classe marchande et industrielle de la capitale, ils n'en formaient plus que les 13,8 centièmes en 1860.
Ce n'est pas seulement le petit nombre des commerçants et artisans chrétiens en 1860 qui démontre leur infériorité vis-à-vis des Juifs, mais aussi le peu d'importance de ces artisans et de ces commerçants.
Sur les 4246 [118] négociants chrétiens il n'y en a que 27 qui payent une patente de I-ère classe et 144 qui appartiennent à la II-me classe, tandis que 4075, c'est-à-dire les 96 centièmes, Font partie de la III-me et dernière catégorie.
Et encore faut-il observer que les commerçants chrétiens de la I-ère et de la seconde classe étaient presque tous étrangers.
La banque tout entière était aux mains des Juifs : l'unique maison chrétienne existant encore à Iassy en 1831, n'ayant pas tardé à fermer.
Les besoins des propriétaires, désireux de s'outiller et d'augmenter l'étendue de leurs cultures puis, surtout, avouons-le, leur manque de prévoyance, ne tardèrent pas à couvrir la propriété immobilière d'hypothèques portant de gros intérêts et consenties aux banquiers juifs de Iassy.
Les Juifs contrairement aux lois, prennent des terres en ferme.
Les dispositions légales interdisant aux Juifs de prendre des terres en ferme tombèrent rapidement en désuétude ou furent éludées par l'emploi de prête-noms. Nous voyons un grand nombre de terres affermées à des Juifs après 1840.
Ce n'est pas seulement les villes qu'ils prirent pour siège de leurs spéculations : ils ne tardèrent pas à se créer des centres au milien des campagnes.
En Moldavie de même qu'en Bucovine, en Galicie et dans la Pologne russe, le premier soin des Juifs avait été de mettre la main sur les cabarets.
On a vu que ce commerce leur avait été sévèrement interdit dans les campagnes au cours do la seconde moitié du dix-huitième siècle mais qu'ils étaient parvenus à faire lever cette interdiction en 1804 et, depuis, ils avaient fini par tenir le cabaret seigneurial dans presque tous les villages du pays.
C'étaient des entreprises très-courues par les Juifs, surtout dans les gros villages où le cabaretier était seul a exploiter, souvent plusieurs centaines de paysans. Il leur achetait toutes leurs denrées et leur fournissait tous les objets dont ils avaient besoin. Étant sans concurrent on peut s'imaginer les bénéfices qu'il réalisait. Aussi le loyer du cabaret formait-il souvent le plus clair du revenu de la terre. Nous avons vu que l'exploitation des cabaretiers juifs devint tellement monstrueuse que le gouvernement, d'accord avec l'Assemblée générale, fut obligé de leur interdire le séjour des villages. Ils continuèrent, à la vérité, à tenir les cabarets sous de faux noms, mais l'exploitation du paysan, si elle ne cessa pas tout-à-fait, devint certainement moins intensive.
Formation des bourgs.
Les colonies juives fondées sous le nom de bourgs (tîrgusoare), surtout dans la Haute-Moldavie : à Burdujeni, Mihaileni (Tîrgul-Noû), Lespezl, Sulita, Frumuşica, etc., rapportaient de gros revenus aux propriétaires des terres sur lesquelles elles étaient établies. Ces revenus étaient constitués tant par le bezmen (emphytéose) annuel, que payaient les concessionnaires que par les octrois considérables perçus par le propriétaire sur les boissons consommées dans l'intérieur du bourg et les monopoles de boucherie et de boulangerie qui lui étaient également réservés.
De leur côté, les Juifs faisaient d'admirables affaires au milieu de ces populations primitives qui n'avaient idée ni de la valeur des produits qu'ils vendaient ni de celle des objets qu'ils achetaient.
Aucune disposition ne limitant le nombre des cabarets dans ces localités, chaque maison juive était un débit de spiritueux ayant une arrière boutique, plus ou moins grande, contenant des marchandises d'exécrable qualité à l'usage des paysans.
Exploitation du paysan par le Juif cabaretier et marchand.
L'argent étant fort rare, le marché se faisait par voie d'échange. Le paysan, préalablement bien disposé par de copieuses rasades d'eau-de-vie, rentrait chez lui muni d'objets de qualité déplorable, achetés très-cher, on échange de ses denrées vendues au Juif à vil prix.
Le Juif, du reste, faisait facilement crédit au paysan et recherchait même ces sortes d'affaires car les pertes étaient rares et, en ces occasions, il lui était loisible d'acheter à plus vil prix et de vendre encore plus cher que de coutume.
Accroissement du nombre des bourgs.
Aussi voyait-on les bourgs sortir littéralement de terre. Il y en avait vingt-et-un en 1831, quarante deux en 1838, soixante-trois en 1859. [119
A peine un propriétaire avait-il obtenu du Prince le chrysobulle l'autorisant à fonder un bourg sur sa terre que les Juifs accouraient.
La cabane en torchis décorée du nom de magasin était bien vile bâtie : l'eau-de-vie prise à crédit à la distillerie voisine et la marchandise facilement obtenue des négociants en gros, toujours juifs, de la ville voisine, partie comptant, partie à terme. Il était rare, du reste, que la valeur de cette marchandise, dépassât deux à trois cents francs. Les bénéfices étant sûrs et rapides, les trois ou quatre premiers mois, seuls, étaient difficiles.
L'artisan juif suit le cabaretier et tue les métiers roumains pagnes.
A côté des commerçants s'établissaient les Juifs artisans. La solidarité juive agissait, ils obtenaient les matières premières pour la moitié du prix auquel elles étaient comptées aux artisans roumains ; ils possédaient des outils perfectionnés, ils savaient confectionner des modèles plus nouveaux, plus agréables à l'œil, meilleurs ; les artisans roumains des campagnes : bottiers, pelletiers, teinturiers, tailleurs, etc., disparurent rapidement devant les nouveaux venus.
En 1859 l'accaparement économique de la Moldavie pouvait être considéré comme complet.

Asservissement de la grande propriété aux Juifs.
Ils tenaient la grande propriété par les nombreuses hypothèques qu'elle leur avait consenties sur ses terres. Chaque banquier de Iassy avait un nombre considérable de propriétaires dépendant entièrement de lui.
Le commerce en 1859 était, monopolisé par les Juifs.
Ils étaient complètement, maîtres du commerce, d'abord par leur nombre absolument prépondérant et puis, par le fait que les petits commerçants chrétiens qui existaient encore, étaient forcés de s'adresser à eux pour obtenir des crédits et prenaient même une grande partie de leurs marchandises chez les commissionnaires et marchands en gros juifs.
La plupart des métiers étaient entre leurs mains, les indigènes n'exerçant plus guère que les plus pénibles et les moins lucratifs.
Le paysan par son manque de besoin, sa pauvreté et la nature de ses rapports avec la terre et le propriétaire, était en grande partie garanti contre l'asservissement au Juif. Le terrain qu'il cultivait ne lui appartenant pas, il ne risquait pas de le perdre et le propriétaire veillait à ce qu'il ne perdît pas le bétail sans lequel sa terre n'aurait pu être travaillée. Mais s'il y avait peu de chose à prendre au paysan, ce peu de chose était pris par le Juif cabaretier du village ou par un negustor (marchand) juif du bourg ou de la ville la plus proche.
Un Français, homme de beaucoup d'esprit qui avait habité la Moldavie pendant de longues années, disait en 1860, que si les Juifs de Iassy voulaient faire jeûner les chrétiens pendant huit jours, ils n'auraient qu'à se mettre en grève.
Il avait certainement raison, tout l'approvisionnement de la ville : boucheries, boulangeries et la plupart des épiceries étaient entre leurs mains.
Indifférence du gouvernement de Michel Sturdza.
L'action du gouvernement pour sauvegarder l'indépendance économique du pays s'était bornée à peu de chose : à des règlements de police qui ne furent jamais exécutés. Nous avons pu juger de l'intérêt porté par Michel Sturdza aux corps des métiers par la résolution qu'il mit sur le rapport que lui adressa le Conseil Administratif à la suite des plaintes de la corporation des tailleurs de Iassy.
Celui de Grégoire Ghyka n'a pas le temps de s'occuper pas des questions économiques.
Le gouvernement de Grégoire Ghyka était autrement éclairé et intègre que celui de son prédécesseur. Mais tout l'avenir de la nation roumaine se trouvant alors en jeu, les préoccupations politiques reléguaient les questions économiques au deuxième plan.
Poussé par d'impérieux besoins d'argent, on eut même le tort de revenir sur la mesure interdisant aux Juifs de tenir des cabarets et de vivre dans les villages.
Nous verrons pourtout bientôt que le Prince Ghyka se rendait pleinement compte du danger que constituait pour le pays, la présence dans le sein de la nation d'un élément étranger aussi nombreux et aussi inassimilable que l'étaient les Juifs de Moldavie.
* * *
En Valachie le nombre des Juifs ayant de tout temps été minime, la classe commerciale était presque exclusivement chrétienne, les Roumains y formaient l'immense majorité.
L'immigration des Juifs polonais après la paix d'Andrinople se produisant sur une très petite échelle, non seulement ne causa aucun dommage, mais même fit du bien en donnant un nouveau stimulant au commerce.
Il n'y avait, avant 1869, presque point de Juifs établis dans les campagnes de la Valachie. C'était surtout à Bucarest, à Braila et à Ploiesti que les colonies juives étaient nombreuses. Ils n'ont pas, à ma connaissance, donné de sujets de plainte jusqu'en 1859.

Extras din Radu Rosetti. La Roumanie et les Juifs, Bucharest, Socecu, 1903.

[101] Prince NICOLAS SOUTZO. Notions statistiques sur la Moldavie, Iassy, 1819, Chap. IV, p. 127.
[102] V. ci-dessus aux pages 2 et 3.
[103] Analele Parlamentare, IX, p. 671.
[104] Almanach de Gotha pour 1860, p. 758.
[105] Manualul Administrativ. Vol. II, p. 4.1.
[106] Ibid. ibid, p. 42.
[107] Succursale de l'Archive de l'État à Iassy. Dossiers du recensement de 1831. Trsp. 885, Op. 1011.
[108] Voyez le tableau VIT. Chapitre I.
[109] Voyez le tableau IX du Chapitre I.
[110] Monitorul oficial al Moldovei No. 89 du 27 août 1859.
[111] Voir le Chapitre I ci-dessus.
[112] Ce tableau est le résultat des données des dossiers du recensement de 1831, Trsp. 886, Op. 1011 de la Succursale de l'Archive de l'État en Iassy, des tableaux VIII et IX du Chapitre I ci-dessus et du Rôle des corporations de Iassy, Nos. 1599 et 1603. Trsp. 1768, Op. II, de la Succursale de l'Archive de l'État à Iassy.
[113] Y compris 321 sujets étrangers chrétiens.
[114] Y compris 278 sujets étrangers chrétiens et 171 Tziganes.
[115] Y compris 214 Juifs sujets étrangers.
[116] Y compris 185 Juifs sujets étrangers.
[117] Les chiffres pour 1860 sont pris dans le registre Nos. 1599 et 1603, Trsp. 1768, Op. II, de la Succursale de l'Archive de l'État à Iassy.
[118] Voir plus haut, pages 104 et 105.
[119] Voir le tableau XXXIII du chapitre I ci-dessus.

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